Ainsi, je ne défends pas de penser continuellement à Dieu, mais de discuter sur Dieu ;
je ne défends même pas de discuter sur Dieu, comme si c'était là un acte d'impiété, mais de le faire hors de propos ;
je ne défends pas d'enseigner, mais de dépasser la mesure. Le miel, tout miel qu'il soit, ne provoquet-il pas des vomissements si on l'absorbe en trop grande quantité (Pr 25, 27) ?
N'y a-t-il pas un temps pour toute chose (Qo 3, 1), comme je le crois avec Salomon ?
Les belles choses ne cessent-elles pas d'être belles quand elles ne viennent pas à point : par exemple, une fleur est, en hiver, tout à fait insolite, de même une parure d'homme pour des femmes ou une parure de femme pour des hommes, de même la géométrie quand on est dans l'affliction et les larmes dans un festin. Et nous dédaignerons d'attendre le moment favorable uniquement quand il faut le plus tenir compte de l'opportunité ? […]
N'imitons pas les chevaux fougueux et rétifs en rejetant notre cavalier, qui est la réflexion, en repoussant la prudence, qui nous sert heureusement de frein, en courant loin de la borne.
Mais discutons en restant dans nos limites ; ne nous précipitons pas en Egypte, ne nous laissons pas entraîner en Assyrie, ne chantons pas le cantique du Seigneur sur une terre étrangère (cf. Ps 136, 4), je veux dire devant n'importe quels auditeurs, étrangers ou de chez nous, amis ou ennemis, réfléchis ou irréfléchis, qui observent nos oeuvres avec le plus grand soin, qui voudraient voir nos maux se transformer d'étincelle en flamme; cette flamme, ils l'allument en cachette, ils l'attisent, l'élèvent de leur souffle jusqu'au ciel et la font monter plus haut que la flamme de Babylone - laquelle brûlait tout ce qui l'entourait (Dan 3,22). ('Discours' / St Grégoire de Nazianze)
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