| 6. Ces mots : " Je suis celui qui est, " me semblaient prouver assez l'infinité de Dieu ; mais il me fallait encore l'intelligence des œuvres de sa magnificence et de sa force. Or l'existence étant l'attribut essentiel de l'être éternel qui n'avait pas eu de commencement voilà qu'une nouvelle parole du Dieu incorruptible vint encore frapper mon esprit : " Qui tient le ciel, dans sa main étendue, et la terre dans sa main fermée, " et cette autre : " Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied. Quelle maison me bâtirez-vous ou quel sera le lieu de mon repos ? N'est-ce pas ma main qui a créé toutes ces choses ? " Le ciel dans toute son immensité a pour mesure l'étendue des doigts de Dieu et la terre tout entière est renfermée dans le creux de sa main. Bien que ces paroles de Dieu contribuent sans doute à agrandir la sphère de nos idées religieuses, on y trouve cependant, si l'on sait en pénétrer le sens, plus de portée encore que les mots n'en présentent. En effet, le ciel que ses doigts embrassent est en même temps le trône de Dieu ; cette terre que contient sa main formée lui sert aussi de marchepied ; ce n'est pas que, s'arrêtant à une image matérielle, notre esprit doive dans ce trône et ce marchepied ne voir que l'étendue d'une substance corporelle quand l'être puissant et infini n'a besoin que de développer ses doigts et courber sa main pour mesurer son trône et enfermer son marchepied c'est au contraire qu'il doit, quand ainsi se manifeste à ses yeux la puissance de la nature extérieure, reconnaître au-dedans et au dehors, dans les principes constitutifs des choses créées, Dieu qui, dans l'effusion de son immensité domine, enveloppe et pénètre tout. Le trône et le marchepied s'abaissent sous sa majesté, afin que l'Être intérieur nous révélât l'extérieur, puisque l'extérieur contenait l'intérieur et réciproquement, et qu'ainsi Dieu tout entier s'embrassant lui-même dans l'étendue de sa plénitude, l'infini fût dans tout, et tout à son tour fût dans l'infini. Mon esprit sa plaisait dans la méditation de ces hautes pieuses pensées. En effet, rien, selon moi, rien n'était plus digne de la gloire de Dieu que de se placer hors des limites de l'intelligence humaine, en telle sorte qu'autant l'esprit prenant son essor, dépasserait, la borne qui lui est assignée, autant l'infini s'élancerait loin du terme où la nature ose espérer de l'atteindre. Ces vérités, je les concevais nettement, mais elles étaient encore évidemment confirmées par le prophète : " Où irai-je pour me dérober à votre esprit ? et où m'enfuirai-je de devant votre face ? Si je monte dans le ciel, vous y êtes ; si je descends dans l'enfer, vous y êtes encore. Si je prends des ailes dès le lever de l'aurore, et si je vais demeurer dans les extrémités de la mer, votre main m'y conduira, et ce sera votre droite qui me soutiendra. " Dieu est en tout, tout est en Dieu. Il est au ciel, dans l'enfer, au-delà des mers ; dedans, au dehors, partout il se manifeste ; il possède en même temps qu'il est possédé, nul n'est sans Dieu et Dieu est avec tous. ('De la Trinité' / St Hilaire de Poitiers)
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