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PREMIERES DEMEURES
CHAPITRE 2


La Sainte Trinité
De la laideur de l'âme en état de péché mortel, et comment Dieu voulut la faire voir à certaine personne. De la connaissance de soi. Toutes choses utiles, souvent dignes de remarque. De la manière de comprendre ces demeures.

R evenons maintenant à notre château. Vous ne devez point vous représenter ses innombrables demeures les unes à la suite des autres, comme une longue enfilade d'appartements ; non, il n'en est pas ainsi. Pour avoir une juste idée de leur disposition, portez vos regards au centre, où habite le grand Roi : de même que le délicieux fruit du palmier est au milieu d'une multitude d'écorces qui le couvrent, de même au centre du château se trouve le palais du Roi, entouré d'une multitude de diverses demeures, soit au-dessus, soit au-dessous, soit sur les côtés. Quelque grand, quelque riche et quelque étendu que vous vous figuriez ce château, vous n'avez pas à craindre d'excéder, attendu que la capacité de l'âme dépasse de beaucoup ce que nous pouvons nous imaginer.

Enfin, de son palais qui est au centre, ce Soleil de vie envoie sa lumière à toutes les demeures de ce magnifique château.

Soit qu'une âme s'exerce beaucoup ou peu à l'oraison, il importe extrêmement de ne pas trop la contraindre, et de ne pas la tenir, pour ainsi dire, enchaînée dans un coin. Qu'on laisse cette âme, à qui Dieu a donné une dignité si grande, parcourir librement les différentes demeures de ce château, depuis les plus basses jusqu'aux plus hautes. Qu'elle ne se violente pas pour rester longtemps dans une seule demeure, fût-ce dans celle de la connaissance de soi-même. Sans doute cette connaissance est nécessaire ; et elle l'est à un tel point, qu'on remarque mes paroles, que même les âmes admises par Notre Seigneur dans sa propre demeure, ne doivent jamais, quelque élevées qu'elles soient, perdre de vue leur néant ; d'ailleurs elles ne le pourraient pas, quand elles le voudraient. Mais, je le répète, que, jusque dans la demeure de la connaissance de soi-même, l'âme garde sa liberté ; car l'humilité travaille toujours comme l'abeille qui fait son miel dans la ruche, et sans cela tout serait perdu. Or, considérez l'abeille : elle quitte la ruche, et va de fleur en fleur chercher son butin. Que cette âme, si elle veut m'en croire, fasse de même ; que, de temps en temps, elle quitte ce fonds de sa propre misère, et prenne son vol pour considérer la grandeur et la majesté de son Dieu. Là, bien mieux qu'en elle-même, elle découvrira sa bassesse et trouvera plus de force pour s'affranchir des reptiles qui sont entrés avec elle dans ces premières demeures où l'on apprend à se connaître. Quelque salutaire qu'il soit à l'âme de s'élever de temps en temps, comme je viens de le dire, à la considération des grandeurs de Dieu, il faut qu'en cela même elle évite l'excès, et qu'elle ne prétende pas se tenir toujours à cette hauteur, sans jamais descendre à la considération de son néant. Mais, à mon avis, nous croîtrions bien plus en vertu en contemplant les perfections divines, qu'en tenant les yeux de l'âme fortement attachés sur ce vil limon d'où nous tirons notre origine.

Je ne sais, mes filles, si je me suis bien expliquée mais cette connaissance de soi-même est si importante, que je ne voudrais vous voir jamais négligentes sur ce point, à quelque haut degré d'oraison que vous soyez parvenues ; car, tant que nous sommes sur cette terre d'exil, rien ne nous est plus nécessaire que l'humilité. C'est ce qui m'oblige à vous redire que nous ne saurions mieux faire, que. de commencer par nous efforcer d'entrer dans cette première demeure de la connaissance de nous-mêmes, sans vouloir d'abord prendre notre vol vers les autres ; elle est d'ailleurs le chemin qui y conduit. Et quel besoin avons-nous d'ailes pour voler, lorsque nous pouvons aller par un chemin facile et très sûr ? Tâchons donc plutôt, mes sœurs, d'y marcher à grands pas. Le meilleur moyen, à mon avis, d'acquérir une parfaite connaissance de nous-mêmes, est de nous appliquer à bien connaître Dieu. Sa grandeur nous fera voir notre bassesse ; sa pureté, nos souillures ; et son humilité nous montrera combien nous sommes loin d'être humbles. Nous irons de cela deux avantages : l'un, de mieux voir nôtre néant à côté de la grandeur divine ; de même qu'une chose noire ressort mieux à côté d'une blanche ; l'autre, que notre entendement et notre volonté s'ennoblissent et deviennent plus capables de toute espèce de bien, lorsque portant tour à tour nos regards sur Dieu et sur nous, nous comparons ensemble sa grandeur et notre néant. II y a un grave inconvénient à considérer uniquement notre limon et notre misère. Je disais naguère que les œuvres des âmes en état de péché mortel, sont comme des eaux noires et infectes s'échappant d'une source corrompue. Sans mettre au même rang des œuvres faites en état de grâce, Dieu m'en garde, ce n'est ici qu'une simple comparaison, je dirai qu'il nous arrive quelque chose d'analogue, lorsque nous demeurons enfoncés dans la considération de notre misère : au lieu de couler pur et limpide, le fleuve de nos œuvres entraîne dans son cours la fange des craintes, de la pusillanimité, de la lâcheté et de mille pensées qui troublent, telles que celles ci :

N'a-t-on pas les yeux sur moi ? En marchant par ce chemin, ne vais-je point m'égarer ? N'y a-t-il pas de la présomption d'oser entreprendre cette bonne œuvre ? Étant si misérable, me sied-il de m'occuper d'une chose aussi relevée que l'oraison ? N'aura-t-on pas de moi une opinion trop favorable, si j'abandonne la voie commune et ordinaire ? Ne faut-il pas éviter ce qui est extrême, même dans la vertu ? Pécheresse comme je le suis, vouloir m'élever, n'est-ce pas m'exposer à tomber de plus haut ? Peut-être m'arrêterai je dans le chemin de la vertu ; peut-être serai-je pour quelques bonnes âmes un sujet de scandale. Enfin, étant ce que je suis, me convient-il de prétendre à rien de particulier ?   (Le château intérieur / Ste Thérèse d'Avila)





CONSEILS POUR LA MEDITATION




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