www.priere.org            RETOUR VERS

LE DEBUT DE LA CONTRIBUTION



(SUITE)


II-EN LA PRESENCE DE DIEU

La prière est un don précieux accordé à l'homme pour entrer en la présence de Dieu le Père par la médiation de Jésus-Christ. C'est par une condescendance inouïe de sa nature que Dieu accepte ainsi de se mettre à la portée de 'homme à cause de l'amour du Père pour son Fils Jésus-Christ qui se tient humblement parmi nous chaque fois que nous prions, selon sa promesse (Mat 18,19). Le Saint Esprit prépare, par la grâce, cette rencontre spirituelle invisible. Aussi faut-il se prosterner en toute piété et vénération devant le Père, le Fils et le Saint Esprit, à plusieurs reprises, afin d'honorer la présence divine et de manifester sa complète soumission à la Sainte Trinité. Dieu ne peut être contenu par le ciel ni par les cieux les cieux, à combien plus forte raison par la terre. Malgré cela, il aime entrer et se reposer dans l'âme humaine qui revient à lui. Car l'âme humaine est un souffle de l'haleine de Dieu, c'est-à-dire de son Esprit. De même que l'âme éprouve un désir inné envers son Créateur, de même le Créateur désire-t-il se reposer en sa créature car elle est de son propre Esprit.
L'appréhension à l'égard de Dieu, l'effrayante accumulation de nos péchés, ou encore les doutes que provoquent la tentation ou la maladie, nous empêchent de sentir la présence de Dieu Mais cela ne veut pas dire que Dieu n'est pas présent à notre prière. Il est impossible que l'homme commence une prière humble et sincère et que Dieu reste absent à l'homme; car l'amour que Dieu a pour l'homme repentant l'empêche d'être attentif aux péchés, ou d'être rebuté par l'impureté de l'homme ou par ses doutes; car cet amour divin possède une puissance infinie de rémission et de purification.
La ferveur de la prière est conditionnée à la fois par l'ascèse du corps et par l'ardeur de l'esprit. L'une des deux ne saurait suffire, car chacune active l'autre. L'ascèse du corps prépare l'ardeur de l'esprit et l'ardeur de l'esprit facilite l'ascèse du corps. Par ces deux démarches, la prière est mise à l'abri de l'acédie, de la lassitude, de la tiédeur spirituelle et de la dispersion de l'attention.

La prière et le temps
La prière authentique est un véritable " rachat du temps ", car elle transforme le temps mort en oeuvre divine éternelle. Aussi l'accès à la prière véritable s'accompagne-t-il nécessairement d'un dégagement par rapport à la perception de la valeur humaine et matérielle du temps. Le mouvement de la montre doit faire place au mouvement de l'esprit. Dans la prière, l'esprit est appelé à enter en communion avec les esprits des saints dans l'éternité car en s'approchant du Christ, on s'approche nécessairement du Royaume des cieux.
La hâte dans la prière, comme aussi le sentiment de lassitude est le signe qu'on se raccroche au temps matériel, vide des bénédictions de l'Esprit et des aspirations de l'éternité. Le sentiment du temps matériel, de l'importance des minutes, des heures et des actes humains temporels qui nous attendent après la prière, contribue à étouffer en nous l'Esprit et à nous empêcher de jouir du sentiment de l'éternité et d'y vivre pendant la prière.
Aussi le Christ nous prévient-il : " il faut prier toujours sans jamais se lasser " Mieux vaut donc pour l'homme exprimer par l'esprit une prière calme, paisible, digne, qui dure cinq minutes, que prier une heure entière avec hâte, ou trois heures avec lassitude.

Le Christ participe à notre prière
Le Christ écoute notre prière. Bien plus, il y prend part de façon effective. Sans le Christ, notre prière ne peut en aucune façon avoir accès auprès du Père. C'est par la mansuétude du Christ, son amour et son humilité que nous avançons avec assurance vers le Père, nous appuyant uniquement sur le sang divin versé pour notre réconciliation et notre justification. Le Christ est donc personnellement présent à notre prière; c'est lui qui la présente au Père par son propre mérite. La prière n'est donc pas une oeuvre unilatérale de la part de l'homme. Tout ce que nous disons dans la prière n'a pas de valeur si le Christ ne dit pas " Amen " , c'est-à-dire s'il ne l'appuie pas par son propre mérite auprès du Père, soutenant notre faiblesse et intercédant pour nos fautes.
Aussi l'homme doit-il être conscient, durant la prière, de cette participation effective du Christ. Il n'est donc pas libre de commencer, de continuer ou de terminer sa prière à son gré. C'est à la suite du Christ qu'il s'y présente, par sa bouche qu'il supplie, par son sang qu'il reprend courage, par sa justice qu'il espère être exaucé et par son amour qu'il interpelle le Père comme son bien-aimé, par l'Esprit du Fils.

L'Esprit Saint crie en notre coeur
L'Esprit Saint sait quelles sont les demandes opportunes et agréables au Christ et au Père. A lui seul il revient de guider notre prière, d'en déterminer la durée et le temps convenable et de nous y exhorter. C'est lui qui nous inspire les paroles et qui infuse en nos coeurs l'ardeur spirituelle et le zèle. C'est lui qui nous pénètre d'affliction et nous fait prier avec cris et larmes, d'un coeur brisé, comme si lui-même avait besoin de la miséricorde du Père et de la médiation du Christ. Aussi est-ce par " des gémissements inexprimables " (Rom.8,26) qu'il crie en nos coeurs vers le Père et vers le Christ, c'est-à-dire par des gémissements puissants et sincères que l'homme ne peut traduire en paroles car ils surpassent l'intelligence par leur ferveur, leur profondeur et leur authenticité.

Comment invoquer l'Esprit Saint ?
L'Esprit Saint est d'une simplicité extrême. Il répond tout de suite à l'appel de l'homme pour peu qu'on l'invoque d'un coeur sincère, plein de foi et de simplicité. Il suffit qu'on l'invite à venir simplement - comme on le ferait avec un enfant simple et innocent - pour qu'il écoute et réponde. Dans la Prière de Tierce, l'Eglise nous apprend à l'invoquer en ces termes : " Viens et daigne demeurer en nous " (Tropaire de Tierce, dont voici le texte entier : " Roi céleste et Consolateur, Esprit de Vérité, présent en tout lieu et remplissant tout, Trésor des dons excellents et Donateur de la Vie, Viens et daigne demeurer en nous, purifie-nous de toute souillure, ô Très Bon, et sauve nos âmes. " )
Il est également nécessaire à celui qui désire prier en la présence de Dieu d'avoir la pleine assurance d'être soutenu par l'Esprit Saint: n'est-ce pas lui qui nous a enfantés dans les fonts baptismaux ? Nous devons donc l'invoquer du fond du coeur, à de multiples reprises, et lui demander de nous disposer à la prière et de nous accorder la puissance de l'accomplir conformément au désir du Père et du Seigneur Jésus.
Notre prière concerne donc l'Esprit Saint autant et même plus qu'elle ne nous concerne nous-mêmes; car c'est par la prière que se développe l'homme Nouveau engendré en nous par l'Esprit Saint; c'est par la prière qu'il reçoit la lumière divine, qu'il reconnaît la volonté de Dieu et qu'il apprend à la mettre en pratique avec l'aide de la grâce.

La prière, invitation divine au retour de la créature exilée
La prière véritable, dans laquelle nous avons accès auprès de Dieu et nous parlons en sa présence, n'est pas un simple acte humain. Elle est essentiellement une invitation divine à laquelle nous ne faisons que répondre. Dieu est toujours et en tout temps disposé à nous recevoir et il ne cesse de nous inviter à venir vers lui: " Tout le jour j'ai tendu les mains (Rom. 10,21) "... " Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai (Matth. 11,28) ". " Celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors (Jn 6,37) ". Car Dieu se réjouit de m'avoir auprès de lui; et si possible de façon permanente.
Aussi la prière est-elle, en soi, une réparation des longues heures passées loin de Dieu parmi les préoccupations de la terre et les soucis de la vie temporelle (Luc 21,37). En soi, la prière représente un retour à Dieu, une véritable conversion. Dieu, autrefois, a chassé Adam de sa présence, et le voici maintenant qui nous appelle sans cesse, " tout le jour" , à entrer en sa présence et à rester avec lui. Une fois que nous sommes entrés auprès de lui par la prière, Dieu désire que nous ne ressortions plus jamais. Aussi la prière véritable, qui a réussi à répondre au désir bienveillant de Dieu doit-elle continuer secrètement au fond du coeur, par un échange sans paroles, après que nous ayons quitté le lieu de la prière. Nous allons alors à nos diverses occupations, tandis que la prière ne cesse de continuer son travail secret à l'intérieur de nos coeurs. Nos soucis: comment les présenter dans la prière ?
La prière n'est pas l'occasion de demander à Dieu ce qui importe à la chair (Rom. 8,7 ; Jac 4,3), ce qui nous fournit le bien-être, facilite nos travaux et favorise nos responsabilités temporelles. La prière est l'occasion pour l'esprit d'accéder au Royaume. Elle est la fenêtre rayonnante par laquelle nous contemplons déjà la Vie éternelle, vers laquelle nous serons emportés, après avoir remis ce corps à la poussière, tandis que tous nos travaux et nos responsabilités seront terminés à tout jamais. Tout ce qui nous préoccupe sur la terre est éphémère; mais la prière, elle, n'est pas éphémère. Toute minute passée dans la prière vient de l'éternité et y retourne. Nous devons donc, dans la prière, présenter, nos soucis dans une perspective spirituelle. C'est-à-dire que tous nos besoins matériels, nos activités, nos responsabilités et nos préoccupations doivent être présentés à Dieu, dans la prière, afin qu'il les dépouille de leur forme mortelle, éphémère, et qu'il les revête d'un caractère divin en les rendant conformes à son dessein bienveillant et qu'ainsi ils soient sanctifiés. Nous ne demandons pas dans la prière que nos travaux soient prospères, que nos responsabilités réussissent et s'étendent pour en retirer une gloire terrestre, un renom ou la tranquillité et le bien-être matériels. Mais ce que nous demandons plutôt à Dieu dans la prière, c'est qu'il purifie nos travaux de l'esprit d'égoïsme et d'amour-propre, c'est-à-dire de ce qui fait la gloire du " moi " humain, qu'il nous inspire rectitude de la pensée et du coeur, afin que, dans nos travaux, nous n'usions pas de malice, de duplicité, de malhonnêteté, de fraude ni de mensonge; qu'il nous accorde la puissance spirituelle de ne pas craindre les menaces, de ne pas nous esquiver devant les dangers, de ne pas faire acception des personnes et ne pas nous lamenter quand nous sommes atteints par la perte ou l'injustice. Nous lui demandons de nous faire estimer les valeurs spirituelles au-dessus de toute activité et de toute responsabilité, de sorte que nous prenions la défense de l'innocent, que nous fassions l'éloge de la rectitude et de l'intégrité, que nous donnions avec générosité et que nous tenions à conserver la patience et la charité plus qu'à tout intérêt matériel. La prière devient ainsi l'occasion de transformer les désirs de la chair en désir de l'esprit, et le moyen de purifier nos oeuvres, nos pensées et nos intentions des scories du péché.

III-TRANSFORMES EN CETTE MÊME IMAGE (2Co3,18)

La prière fréquente transforme l'homme au plus profond de son être.
Lorsqu'on regarde le Christ avec persévérance dans la prière, son image mystique et invisible s'imprime secrètement en notre être intérieur. Nous recevons alors ses qualités, c'est-à-dire le reflet de sa bonté et de sa douceur infinie, et la lumière de sa face.
C'est à propos de cette transformation que saint Paul dit : " Mes petits enfants, vous que j'enfante dans la douleur jusqu'à ce que Le Christ soit formé en vous " Gal 4,19 " Ceux qui négligent délibérément la prière s'éloignent malgré eux de la vérité. Ils marchent sur les bords du gouffre, sur les limites de l'incrédulité, c'est-à-dire des ténèbres ex-extérieures. Ils s'exposent à blasphémer sans s'en rendre compte. La moindre épreuve peut les précipiter dans le gouffre du désespoir et de l'inimitié contre Dieu. Le contraire est aussi vrai. Ceux qui sont assidus à la prière fervente acquièrent une foi plus ferme que les montagnes. Et cela, sans affectation, sans s'en vanter par de vaines paroles. Leur vie, leur comportement attestent cette vérité. Leur patience, leur joie au milieu des épreuves, leur endurance face aux souffrances et à l'injustice sont autant de signes qui témoignent de la solidité de leur foi. Ceux-là ne seront pas atteints par les ténèbres, selon la promesse du Seigneur.

La prière de communion, d'union au Seigneur
La prière de communion ou d'union au Seigneur ne fait pas partie des oeuvres de ce siècle. Le temps qu'on y sacre ne fait pas partie des heures de ce siècle. Ce sont des éclats fugitifs, au cours desquels l'homme jouit déjà du Royaume de Dieu par anticipation. Il ressent intérieurement de façon certaine la présence spirituelle du Seigneur Jésus, comme une Vie éternelle qui se déverse en tout son être, et une Lumière qui luit au milieu des ténèbres, les ténèbres des passions, des tentations du monde, de la méchanceté de l'homme et de l'empire du démon.
Durant la prière, la Vie éternelle perce ce voile et envahit notre existence temporelle la lumière du Christ se déverse dans le coeur de celui qui prie, en dépit du monde, de l'esprit des ténèbres et de l'opposition de la chair.
La prière, en tant que relation entre l'homme et Dieu, nous met en relation avec sa miséricorde qui remet les fautes les plus graves. En soi, la prière est une manifestation de repentir et de retour à Dieu. Dieu est toujours disposé à accueillir ceux qui reviennent à lui, car il ne désire pas la mort du pécheur, mais il désire qu'il se convertisse et qu'il vive.

La prière, échange d'amour avec Dieu
La prière, quel qu'en soit l'aspect d'affliction et de componction, et quel que Soit le sentiment que l'homme a de sa médiocrité et de son indignité à s'entretenir avec Dieu, à cause de ses fautes et de ses nombreux péchés, la prière est, au-dessus de tout cela, l'expression d'un am9ur profond échangé entre Dieu et l'homme : l'amour de Dieu s'y est manifesté en attirant le coeur de l'homme à prier en sa présence, et l'amour de l'homme a consisté à présenter à Dieu son coeur, ne serait-ce que sous cet aspect d'affliction et de componction.
Lorsque le coeur de l'homme est touché par l'amour divin, le premier signe en est une aspiration à se diriger vers Dieu pour s'entretenir avec lui; c'est justement cela la prière. La prière est donc la première manifestation de l'effusion de l'amour divin dans le coeur de l'homme.

La prière, école d'obéissance
L'obéissance à Dieu par la prière du coeur continuelle donne à l'esprit l'occasion de devenir plus fort que la chair et de l'emporter sur les tentations, les plaisirs et les sollicitations de la chair. Petit à petit, la chair perd toute son emprise sur l'homme et celui-ci devient immanquablement docile à l'appel divin.
Par la prière, l'homme acquiert, avons-nous dit, l'esprit d'abandon à Dieu. Désirant le rendre parfait dans l'obéissance, Dieu le soumet à la souffrance. En acceptant la souffrance à laquelle Dieu l'expose, l'homme manifeste la plénitude de son obéissance à Dieu, et ceci est le signe de l'achèvement de son salut. Le Christ, tout Fils qu'il était, apprit, de ce qu'il souffrit, l'obéissance; après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel. La prière est le moyen d'acquérir l'esprit obéissance et d'abandon à Dieu. La souffrance acceptée avec joie est la perfection de l'obéissance; et cela est le fruit de la prière.

La prière, capacité d'abandon à la volonté divine
L'esprit d'abandon que nous recevons durant la prière est en fait une abdication de la volonté propre. Aussi n'y parvient-on pas facilement, mais au terme d'un long conflit entre le moi humain avec ses fausses espérances - religieuses autant que temporelles - et la volonté divine qui ne désire que le salut de l'homme.
Durant ce conflit, si l'homme cesse de prier, il perd son attachement et sa soumission à la volonté divine et cesse de discerner le but du combat et de la vie spirituelle, qui n'est autre que son propre salut. Il prend alors le parti de sa volonté propre, de son moi , et commence à murmurer contre les épreuves que Dieu lui envoie pour son salut. Il refuse les contrariétés et les outrages que Dieu, en sa sagesse suprême et sa providence, dispose pour lui, en vue de le libérer de la vaine gloire. Il y trouve le comble de l'amertume, au point de souhaiter plutôt mourir que se voir ainsi outragé devant les hommes et le monde, car son moi prend plus d'envergure à ses yeux que Dieu lui-même, le maître de la vie!
Quant à l'homme qui trouve son refuge dans la prière et s'y attache, il voit dans les souffrances, les contrariétés et les outrages une condescendance de Dieu, qui daigne intervenir dans sa vie pour le corriger et achever en lui le miracle de l'humilité. Par la persévérance dans la prière, l'homme reçoit finalement l'esprit d'abandon et de soumission à la volonté divine; la grâce éclaire son intelligence pour lui faire voir combien son salut dépendait en fait de la façon dont il allait accepter les souffrances, les contrariétés, les maladies et toute humiliation.

Le sacrifice, plénitude de l'obéissance
Lorsque l'homme aime la prière et qu'il y trouve son équilibre spirituel, il entre en communion spirituelle avec le Christ; il commence à compatir avec lui à la détresse des pécheurs, des opprimés et des pauvres; son coeur devient semblable à celui du Christ.
La prière permanente et fidèle comporte onc une communion réelle à la vie du Christ et une participation à sa mission essentielle.
Celui qui est assidu à la prière ne tarde pas à recevoir en son coeur le feu du Christ et sa mission propre, c'est-à-dire le désir ardent du salut des hommes, l'amour des pécheurs, le don de soi pour soulager les autres, l'appauvrissement volontaire pour enrichir les âmes et le choix généreux de la croix comme signe d'amour authentique. La prière commence donc par une rencontre du Christ, puis on l'aime, on entre en communion avec lui, et enfin on participe effectivement à sa vie et à sa croix.

IV-LA PRIÈRE POUR LES AUTRES

Dieu emploie nos prières pour le salut des autres
Sachons donc que, lorsque Dieu nous attire à la prière, il ne prend pas uniquement en considération notre propre salut, mais il désire également employer nos prières pour le salut des autres. Aussi la prière est-elle une oeuvre des plus fondamentale et des plus précieuses aux yeux de Dieu. L'homme qui fait des efforts dans sa vie de prière et qui progresse rapidement dans l'esprit d'abandon et d'obéissance à la volonté de Dieu devient " un bon soldat du Christ Jésus (2 TIM. 2,3) ". Le Seigneur lui-même l'appelle tous les jours à se tenir en sa présence, et l'exerce à intercéder en faveur des autres jusqu'à être exaucé. Il recevra bientôt du Seigneur la puissance de sauver de nombreuses personnes et de les ramener de la voie de la mort vers le sein de Dieu.

La recherche de soi dans la prière souille la prière
La prière parvient à son degré de pureté authentique lorsque nous nous y oublions totalement, c'est-à-dire que, délibérément, nous cessons de nous intéresser à nous-mêmes et préférons nous occuper uniquement des besoins, des soucis et du salut des autres. Le degré de pureté parfaite de la prière est corrélatif du degré de l'amour parfait. Or, l'amour n'est vraiment authentique que lorsqu'il ne cherche pas son propre intérêt : "L'amour ne cherche pas ce qui est à lui (1 Cor. 13,5).S'intéresser à soi, à ses propres besoins - tant spirituels que matériels - dénote une imperfection de l'amour, et par conséquent une imperfection de la prière. La cause en est l'imperfection de notre connaissance intérieure du Christ et de notre union à lui. Le Christ a dit : " Ce n'est pas ma volonté que je cherche...(Jn 5,30)" " Il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15,13)" " Qui aime sa vie la perd (Jn 12,25)" " Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs (Matth. 5,44)".

S'oublier soi-même dans la prière, c'est devenir ambassadeur du Christ
Lorsque nous négligeons délibérément nos propres besoins dans la prière et que nous trouvons notre joie uniquement à demander, supplier et nous dépenser au profit des autres, alors Dieu lui-même commence à s'occuper de nous et à prendre en charge toute notre vie, tant au plan matériel qu'au plan spirituel, jusque dans les plus petits détails. Autrement dit, lorsque nous nous occupons des autres, Dieu s'occupe de nous; et lorsque nous limitons notre prière et notre supplication aux besoins des autres, Dieu comble nos besoins sans que nous le demandions.
Ceux qui ont aimé le Christ et qui lui sont fidèles deviennent sur la terre de véritables ambassadeurs du Christ. Par leurs prières et leur disposition à se dépenser, ils réconcilient Dieu avec les hommes et les hommes avec Dieu : " Nous sommes donc en ambassade pour le Christ... Nous vous en supplions au nom du Christ: laissez-vous réconcilier avec Dieu (2 Cor. 5,20)".
Dans bien des cas, il devient impossible d'entrer en rapport avec les pécheurs et les égarés, soit ~ cause de leur hostilité, soit à cause de la honte qu'ils éprouvent à nous parler. Mais par la prière, nous dépassons ces obstacles qui nous séparent d'eux; nous surmontons leur hostilité et nous évitons leur honte; car par la prière, nous pouvons nous approcher secrètement de leur coeur, nous y glisser sans qu'ils le sachent et y gémir en nous identifiant à eux, comme Si nous-mêmes, nous étions pécheurs et égarés; tout cela avant même qu'ils ne nous connaissent et qu'ils ne nous parlent. Si donc, du fond de leur coeur, nous prions et crions vers Dieu en portant le poids de leurs fautes et de leur égarement, Dieu les entend à travers nous; malgré leur insoumission naturelle, le repentir assaille leur conscience et l'appel au retour se fait si pressant qu'ils se dirigent bien vite vers Dieu et vers nous en demandant notre aide.
La prière est une force d'attraction par laquelle l'homme attire son frère par l'intermédiaire de l'Esprit Saint; car c'est par l'Esprit que le Christ attire tout à lui (Jn 12,32) et transforme en lui-même la dualité en unité (Eph. 2,14).

Nous avons grand besoin qu'on prie pour nous
Nous avons le plus grand besoin qu'on prie pour nous avec ferveur afin que l'Esprit nous dévoile les péchés qui traînent et se cachent en notre coeur, et afin que notre conscience soit prise de repentir et se convertisse. Nous pourrons alors recevoir en nous la puissance de Dieu, et nos prières et toutes nos oeuvres seront ravivées par le dynamisme manifeste de la grâce.

V-L'ADORATION PURE DES ÊTRES SPIRITUELS

Si le miel périssable a la propriété de ranimer nos corps, combien plus Dieu n'enflammerait-il pas notre être intérieur? Nous sentons alors le feu de Dieu brûler en nous, tantôt pour nous purifier, tantôt pour nous consoler et nous réjouir; tantôt pour susciter en nous un ardent désir du Royaume et tantôt pour nous pousser à l'action et au don de nous-mêmes. Mais quels que soient les sentiments suscités en nous par le feu divin, la prière de celui qui en à reçu l'expérience s'élève toujours a un degré suprême de louange et de glorification des qualités indicibles de Dieu. Ni la langue, ni l'intelligence, ni le corps de l'homme ne se fatiguent de louer et d'exalter le Nom de Dieu et ses qualités. Cette prière enflammée qui se limite a louer et glorifier les vertus divines est conforme a la prière des chérubins. On sait que les chérubins sont "pleins d'yeux" (Ez. 10,12), comme signe de la contemplation très intense avec laquelle ils perçoivent la nature de Dieu. Mais cette perception de la nature divine ne s'opère pas en eux par la raison, à un plan théorique, mais par une communication de puissance. Aussi est-il dit également qu'ils sont "enflammés de feu " (Ez. 1,13), pour signifier qu'ils sont vivement influencés par la nature de Dieu. La relation entre les deux expressions pleins d'yeux et enflammés de feu est une relation fondamentale dans la création spirituelle (Par création spirituelle, l'auteur signifie tant le monde angélique que la création nouvelle " si quelqu'un est dans le Christ, c'est une création nouvelle. (II Cor. 5,17)). (Note du traducteur), car la claire perception de Dieu dans la prière conduit nécessairement a une certaine participation de la nature ignée de Dieu.
Nous savons par ailleurs que la prière des chérubins et des séraphins consiste à crier avec des voix infatigables et des lèvres qui ne se relâchent point, et à répéter sans cesse à la louange et à la gloire de Dieu, saint, saint, saint... (Is. 6,3; Apoc. 4,8)". Car la nature de Dieu est extrêmement glorieuse et il devient impossible à toute créature qui en a perçu la gloire de cesser de la louer, ne serait-ce qu'un instant.
C'est ainsi que, durant la prière de contemplation du Christ, Dieu nous donne d'innombrables yeux chérubiniques pour que "resplendisse en nos coeurs la connaissance de la gloire de Dieu." Nos coeurs se trouvent alors enflammés par le feu divin, de sorte que nous devenons incapables, en ces heures bénies, de faire autre chose que glorifier Dieu sans interruption.

PERE MATTA EL-MASKÎNE
Père du Monastère de saint Macaire en Egypte
Auteur de la contribution : Mimi Cassis

RETOUR VERS LE HAUT