(SUITE)![]() L'Existence ou la " manifestation " a deux aspects : L'arbre et la croix ; l'arbre joyeux qui supporte le serpent, et la croix douloureuse qui supporte le Verbe fait chair. Pour les impies, l'Existence est un monde de passions, que l'homme sanctionne par la philosophie " selon la chair " ; pour les élus, elle est un monde d'épreuves, transpercé par la grâce, la foi, la gnose. Jésus est, non seulement le nouvel Adam, mais aussi la nouvelle Création. L'ancienne est totalité et circonférence, la nouvelle unicité et centre. Nous ne pouvons pas plus échapper à la croix que nous ne pouvons échapper à l'Existence. Au fond de tout ce qui existe, il y a la croix. L'ego, c'est une pente qui éloigne de Dieu ; la Croix, c'est l'arrêt de cette pente. Si l'Existence est " quelque chose de Dieu ", elle est aussi quelque chose " qui n'est pas Dieu " ; c'est ce qui incarne l'ego. Et la Croix ramène ceci à cela et permet de vaincre du même coup l'Existence. " Porter sa croix ", c'est se tenir prés de la croix existentielle, c'est-à-dire : il y a dans l'Existence le pôle " péché " et le pôle " croix ", l'élancement aveugle dans la jouissance et l'arrêt conscient ; la " voix large " et la " voix étroite ". " Porter sa croix ", c'est essentiellement ne pas " suivre le mouvement "; c'est discerner les esprits ", c 'est se tenir, incorruptible, dans ce néant apparent qu'est la Vérité. " Porter sa croix ", c'est donc supporter ce néant, seuil de Dieu. Et puisque le monde est orgueil, égoïsme, passion et fausse science, c'est être humble, charitable, c'est " mourir " et devenir comme un enfant ". La croix, c'est la divine fissure par la quelle la Miséricorde s'écoule dans l'Infini. Le centre de la croix, là où les deux dimensions se croisent, c'est le mystère de l'abandon : C'est le " moment spirituel " où l'âme se perd elle-même, où elle " n'est plus " et où elle " n'est pas encore ". Comme toute la Passion du Christ, ce cri est, non seulement un mystère de douleur auquel l'homme doit participer par le renoncement, mais aussi, au contraire, une " ouverture " que Dieu seul pouvait opérer, et qu'il a opérée parce qu'il était Dieu. Et c'est pour cela que " mon joug est doux et mon fardeau léger ". La victoire qui incombe à l'homme a déjà été remportée par Jésus ; il ne reste plus à l'homme qu'à s'ouvrir à cette Victoire, qui sera la sienne. Un Miracle opéré au pied de la Croix par le Sang du Christ : La lance du centurion Longin transperce le flanc du Christ : Une goutte du sang divin, ayant coulé le long de la lance, touche la main de l'homme. A ce moment- là, le monde s'effondre pour lui comme une maison de cristal, les ténèbres existentielles se déchirent, son âme est devenue comme une plaie qui pleure. Il est comme ivre, mais d'une ivresse froide et pure ; toute sa vie est désormais comme un écho qui répète mille fois ce seul instant au pied de la croix. Il vient de renaître, non parce qu'il a " compris " la Vérité, mais parce que la Vérité l'a saisi existentiellement et l'a arraché, d'un geste " concret " de ce monde. CONCLUSION : Le Verbe fait chair, c'est la Vérité devenue en quelque sorte matière, mais c'est du même coup une matière transfigurée et revalorisée, une matière qui est lumière brûlante, et qui transforme et délivre. |