L'auteur s'adresse à des destinataires subissant une forme d'oppression au sein des cités d'Asie mineure (dont la
Galatie, qui est une zone "paulinienne"). Ceux-ci proviennent du monde païen
mais comme l'auteur fait diverses références à l'Ancien Testament, il est
possible que des judéo-chrétiens figurent aussi dans ces communautés. La lettre
reste vague sur les "souffrances" qu'endurent ces chrétiens (insolence de leurs
maîtres, tracasseries administratives, calomnies), peut-être imputables à une
certaine marginalisation des ces croyants qui, du
fait de leur conversion, ne participent plus aux fêtes religieuses qui
assuraient le ciment social des cités d'Asie. L'auteur utilise le même terme pour parler des
souffrances de la communauté et pour évoquer la pâque du
Christ. Pour lui, les destinataires de la lettre suivent en quelque sorte
le chemin de Jésus. Dès lors, leur souffrance doit être supportée sans révolte
car telle a été l'attitude du Christ (3,17). Les épreuves endurées par les
Chrétiens sont une participation aux souffrances même
de Jésus, et, comme pour lui, débouchera sur la glorification.
La lettre encourage ses destinataires à tenir bon, car le temps de la fin n'est
pas éloigné. Les chrétiens, sans en avoir toujours conscience, appartiennent à
une vaste fraternité (5,9). S'ils sont marginalisés à présent (sans véritable
demeure en 2,11), ils possèdent néanmoins une demeure et une
famille spirituelle.
Plan et résumé
I- Préface (1,1-2)
II- L'espérance du salut en Christ (1,3-12)
III- Développement
Appel à la sainteté (1,13-21)
Appel à la charité (1,22-25)
La demeure et le sacerdoce spirituels (2,1-10)
Comportement à adopter
envers les païens (2,11-12)
envers les autorités (2,13-17)
envers les maîtres (2,18-25)
envers les époux (3,1-7)
Appel à la charité (3,8-12)
Souffrir pour la justice (3,13-17)
Prédication du Christ aux morts (3,18-22)
Appel à ne pas revenir aux moeurs païennes (4,1-6)
Vigilance et charité (4,7-11)
Les souffrances de la communauté (4,12-19)
Les devoirs
des anciens (5,1-4)
des jeunes (5,5)
des fidèles (5,6-11)
IV- Avis et salutation (5,12-14)
Histoire de la rédaction
L'auteur connaît bien les communautés d'Asie et probablement y a-t-il demeuré.
Cette lettre est connue par les anciens auteurs (Polycarpe de Smyrne) et Irénée
(Adv Haer IV 9,2; 16,5 et V 7,2) est le premier à l'attribuer à l'apôtre Pierre.
La mention de Babylone en 5,13 désigne en fait Rome et suggère une date
postérieure à 70 (Rome est appelée "Babylone" dans la littérature juive ou
chrétienne (comme l'Apocalypse) après avoir détruit la ville et le temple de
Jérusalem en 70 comme l'avaient autrefois fait les Babyloniens). Les
persécutions de chrétiens dans les communautés asiates sont très localisées et
de peu d'ampleur au premier siècle. La présence de "presbytres" (anciens) dans
les communautés (5,1-5) suggère une organisation déjà avancée des dites
communautés. Une rédaction dans la fourchette 70-90 demeure en l'état
l'hypothèse la plus probable.
L'auteur se présente comme l'apôtre Pierre en 1,1, mais c'est le seul élément
qui rattache cette épître avec cette figure de l'Église. De nombreux arguments
suggèrent une pseudonymie: la date tardive de l'écrit (Pierre est sensé être
exécuté sous Néron en 64), la grande qualité du grec de ce texte, ainsi qu'un
travail interprétatif de l'Écriture très élaboré (alors qu'Ac 4,13 présente
Pierre comme un homme sans instruction et témoigne d'un autre type
d'interprétation des Écritures).
Un texte représentatif : la demeure spirituelle
(2,1-10)
1 P 2,1 Rejetez donc toute malice et toute
fourberie, hypocrisies, jalousies et toute sorte de médisances. 2 Comme des
enfants nouveau-nés désirez le lait non frelaté de la parole, afin que, par lui,
vous croissiez pour le salut, 3 si du moins vous avez goûté combien le Seigneur
est excellent. 4 Approchez-vous de lui, la pierre vivante, rejetée par les
hommes, mais choisie, précieuse auprès de Dieu. 5 Vous-mêmes, comme pierres
vivantes, prêtez-vous à l'édification d'un édifice spirituel, pour un sacerdoce
saint, en vue d'offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus
Christ. 6 Car il y a dans l'Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre
angulaire, choisie, précieuse, et celui qui se confie en elle ne sera pas
confondu. 7 À vous donc, les croyants, l'honneur, mais pour les incrédules, la
pierre qu'ont rejetée les constructeurs, celle-là est devenue la tête de
l'angle, 8 une pierre d'achoppement et un rocher qui fait tomber. Ils s'y
heurtent parce qu'ils ne croient pas à la Parole ; c'est bien à cela qu'ils ont
été destinés. 9 Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une
nation sainte, un peuple acquis, pour proclamer les louanges de Celui qui vous a
appelés des ténèbres à son admirable lumière, 10 vous qui jadis n'étiez pas un
peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n'obteniez pas miséricorde
et qui maintenant avez obtenu miséricorde.