Il
existe une parenté manifeste entre la première épître et le quatrième évangile.
Cette lettre témoigne d'un probable conflit au sein des
communautés johanniques. L'auteur y affronte un groupe de croyants qui a
changé de camp: 2,18 Petits enfants, voici venue la dernière heure. Vous avez
ouï dire que l'Antichrist doit venir ; et déjà maintenant beaucoup d'antichrists
sont survenus : à quoi nous reconnaissons que la dernière heure est là. 19 Ils
sont sortis de chez nous, mais ils n'étaient pas des nôtres. S'ils avaient été
des nôtres, ils seraient restés avec nous. Mais il fallait que fût démontré que
tous n'étaient pas des nôtres. Le conflit porte sur la question christologique : 1 Jn 2:22 Qui est le menteur, sinon
celui qui nie que Jésus soit le Christ ? Le voilà l'Antichrist ! Il nie le Père
et le Fils. Les adversaires de l'auteur pensent que l'homme Jésus n'a été
que temporairement (du baptême à la croix) l'hôte de la divinité. L'auteur
insiste donc pour démontrer que c'est bien la mort de Jésus qui a une valeur
sotériologique 1 Jn 5:6 C'est lui qui est venu par eau et par sang : Jésus
Christ, non avec l'eau seulement mais avec l'eau et avec le sang. Et c'est
l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité. L'identification des adversaires de l'auteur a fait l'objet de beaucoup
d'hypothèses: disciples de Cérinthe (un théologien dont Irénée décrit une
christologie semblable); des chrétiens docètes (qui estimaient que le Christ
n'avait pas un véritable corps humain mais simplement une apparence) ; ou des
gnostiques (moins probable, on parlerait plutôt de courant pré-gnostique, mais
les éléments de 1Jn ne sont pas caractéristiques). Pour certains commentaires,
il pourrait même s'agir d'un courant "ultra"-johannique, poussant à l'extrême
l'interprétation de certains passages de l'évangile.
2Jn est une très courte lettre qui vise à
mettre en garde les destinataires contre des opposants professant une
christologie différente de celle de l'auteur. Celui-ci appelle à refuser
d'accueillir les prédicateurs itinérants qui professeraient semblable
théologie.
3Jn est une lettre de recommandation
adressée à un particulier (Gaïus) pour qu'il fasse bon accueil à un prédicateur
nommé Démétrius.
Plan et résumé
1Jn
Prologue 1,1-4
Corps de la lettre (1,5-5,12)
Vivre dans la lumière (1,5-2,2)
Vivre dans l'amour (2,3-11)
Se garder du monde (2,12-17)
Se garder des antichrists (2,18-23)
Être fidèle à l'Esprit (2,24-29)
Les enfants de Dieu (3,1-24)
Éprouver les esprits (4,1-6)
Amour de Dieu et des frères (4,7-21)
La victoire de la foi (5,1-12)
Conclusion 5,13
Épilogue sur la prière 5,14-21
2Jn
Adresse et introduction (1-4)
Rappel du commandement de l'amour (5-6)
Mise en garde contre ceux qui professent une christologie
différente (7-9)
et appel à ne pas accueillir ces prédicateurs (10-11)
Conclusion (12-13)
3Jn
Adresse et introduction (1-2)
Mission de Gaïus (5-8)
Dénonciation de Diotréphès (9-10)
Recommandation de Démétrius (11-12)
Conclusion (13-15)
Histoire de la rédaction
1Jn
a été composée après le quatrième
évangile. La lettre est connue de Papias et de Polycarpe de Smyrne (2e
lettre aux Philippiens vers 130). Une rédaction vers 100-110 est donc assez
vraisemblable. Il est possible qu'elle ait été composée à Ephèse.
2Jn est adressée à une église probablement
éloignée d'Ephèse qui n'a pas encore eu connaissance des problèmes évoqués en
1J. Il s'agit alors de prendre les devants avant que les prédicateurs hérétiques
n' arrivent. 3Jn tente de régler un
problème local: un responsable nommé Diotréphès refuse d'accueillir les envoyés
de l'école johannique et l'auteur doit passer par le nommé Gaïus pour héberger
ses envoyés.
Un texte représentatif : 1Jn 2
1 Jn 2,1
Petits enfants, je vous écris ceci pour que vous ne péchiez pas. Mais si
quelqu'un vient à pécher, nous avons comme avocat auprès du Père Jésus Christ,
le Juste. 2 C'est lui qui est victime de propitiation pour nos péchés, non
seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. principalement
celui de la charité. 3 À ceci nous savons que nous le connaissons : si nous
gardons ses commandements. 4 Qui dit : " Je le connais " alors qu'il ne garde
pas ses commandements est un menteur, et la vérité n'est pas en lui. 5 Mais
celui qui garde sa parole, c'est en lui vraiment que l'amour de Dieu est
accompli. À cela nous savons que nous sommes en lui. 6 Celui qui prétend
demeurer en lui doit se conduire à son tour comme celui-là s'est conduit. 7
Bien-aimés, ce n'est pas un commandement nouveau que je vous écris, c'est un
commandement ancien, que vous avez reçu dès le début. Ce commandement ancien est
la parole que vous avez entendue. 8 Et néanmoins, encore une fois, c'est un
commandement nouveau que je vous écris - ce qui est vrai pour vous comme pour
lui - puisque les ténèbres s'en vont et que la véritable lumière brille déjà. 9
Celui qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore
dans les ténèbres. 10 Celui qui aime son frère demeure dans la lumière et il n'y
a en lui aucune occasion de chute. 11 Mais celui qui hait son frère est dans les
ténèbres, il marche dans les ténèbres, il ne sait où il va, parce que les
ténèbres ont aveuglé ses yeux. 12 Je vous écris, petits enfants, parce que vos
péchés vous sont remis par la vertu de son nom. 13 Je vous écris, pères, parce
que vous connaissez celui qui est dès le commencement. Je vous écris, jeunes
gens, parce que vous avez vaincu le Mauvais. 14 Je vous ai écrit,
petits-enfants, parce que vous connaissez le Père. Je vous ai écrit, pères,
parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement. Je vous ai écrit,
jeunes gens, parce que vous êtes forts, que la parole de Dieu demeure en vous et
que vous avez vaincu le Mauvais. 15 N'aimez ni le monde ni ce qui est dans le
monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui. 16 Car tout
ce qui est dans le monde - la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et
l'orgueil de la richesse - vient non pas du Père, mais du monde. 17 Or le monde
passe avec ses convoitises ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure
éternellement. 18 Petits enfants, voici venue la dernière heure. Vous avez ouï
dire que l'Antichrist doit venir ; et déjà maintenant beaucoup d'antichrists
sont survenus : à quoi nous reconnaissons que la dernière heure est là. 19 Ils
sont sortis de chez nous, mais ils n'étaient pas des nôtres. S'ils avaient été
des nôtres, ils seraient restés avec nous. Mais il fallait que fût démontré que
tous n'étaient pas des nôtres. 20 Quant à vous, vous avez reçu l'onction venant
du Saint, et tous vous possédez la science. 21 Je vous ai écrit, non que vous
ignoriez la vérité, mais parce que vous la connaissez et qu'aucun mensonge ne
provient de la vérité. 22 Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus soit
le Christ ? Le voilà l'Antichrist ! Il nie le Père et le Fils. 23 Quiconque nie
le Fils ne possède pas non plus le Père. Qui confesse le Fils possède aussi le
Père. 24 Pour vous, que ce que vous avez entendu dès le début demeure en vous.
Si en vous demeure ce que vous avez entendu dès le début, vous aussi vous
demeurerez dans le Fils et dans le Père. 25 Or telle est la promesse que
lui-même vous a faite : la vie éternelle. 26 Voilà ce que j'ai tenu à vous
écrire au sujet de ceux qui cherchent à vous égarer. 27 Quant à vous, l'onction
que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n'avez pas besoin qu'on vous
enseigne. Mais puisque son onction vous instruit de tout, qu'elle est véridique,
non mensongère, comme elle vous a instruits, demeurez en lui. 28 Oui,
maintenant, demeurez en lui, petits enfants, pour que, s'il venait à paraître,
nous ayons pleine assurance, et non point la honte de nous trouver loin de lui à
son Avènement. 29 Si vous savez qu'il est juste, reconnaissez que quiconque
pratique la justice est né de lui.