Selon le premier verset du livre, l'auteur
se nomme "Qohelet", un terme basé sur une racine hébraïque
qui signifie le rassemblement. C'est cette même racine qui, traduite
en grec, donnera le terme "ecclesia", future désignation de l'Eglise.
La traduction de Qohelet s'est donc faite naturellement en "Ecclésiaste".
On parlera donc plutôt du livre de Qohelet si on suit la Bible hébraïque
et du livre de l'Ecclésiaste si on suit la Bible grecque ou latine.
Mais dans tous les cas, il s'agit du même livre! Attention à
ne pas confondre l'Ecclésiaste avec l'Ecclésiastique, qui
est l'autre nom du livre de Sirach le Sage.
Qohelet est un livre unique dans la
Bible, dont le ton est profondément original. L'auteur tente de
se faire passer pour le roi Salomon (en 1,1, il se dit fils de David, roi
à Jérusalem), mais il écrit en fait en pleine période
grecque. Son objet est d'explorer la condition humaine, à partir
de son intelligence et de son expérience. Ses conclusions sont sans
appel, centrées sur une formule qui est devenue proverbiale:
Vanité des vanités,
tout est vanité! Quel profit pour l'homme dans
toute la peine dont il peine sous le soleil ?
Pour lui, la vie
est vide, sans consistance, comme de la fumée que l'on ne peut saisir
et que le moindre souffle disperse. L'homme est prisonnier d'un cycle d'éternels
recommencements: il n'y a rien de nouveau sous le soleil! (Qo 1,9 Ce
qui fut, cela sera, ce qui s'est fait se refera, et il n'y a rien de nouveau
sous le soleil! 10 Qu'il y ait quelque chose dont on dise : " Tiens, voilà
du nouveau! ", cela fut dans les siècles qui nous ont précédés.)
L'homme s'agite et souffre, sans connaître son avenir, toujours à
la merci d'un aléa. (Qo 6,12 Et qui sait ce qui convient à
l'homme pendant sa vie, tout au long des jours de la vie de vanité
qu'il passe comme une ombre ? Qui annoncera à l'homme ce qui doit
venir après lui sous le soleil ?) Contrairement à la
littérature de Sagesse traditionnelle qui affirme que le bien sera
récompensé sur cette terre, Qohelet ne se fait aucune illusion.
Les méchants ne sont pas sanctionnés ni d'ailleurs les justes
récompensés! (Qo 8,14 Il y a une vanité qui se
fait sur la terre : il y a des justes qui sont traités selon la
conduite des méchants et des méchants qui sont traités
selon la conduite des justes. Je dis que cela aussi est vanité.)
En vérité, le livre est même une crache terrible contre
les autres auteurs de livres de Sagesse: Qo 1,13 J'ai mis tout mon cœur
à rechercher et à explorer par la sagesse tout ce qui se
fait sous le ciel. C'est une mauvaise besogne que Dieu a donnée
aux enfants des hommes pour qu'ils s'y emploient. En aucun
cas l'auteur n'accuse Dieu de cet état de fait. C'est l'homme qui
est responsable, à cause de son désir insatiable, générateur
d'angoisse et de frustration. Même l'homme le plus comblé,
comme le roi Salomon, demeure insatisfait. L'auteur n'ira guère
plus loin. Il constate, mais n'apporte pas vraiment de solutions. En tout
état de cause, Qohélet n'est pas un livre recommandé
en phase de dépression...
Plan
et résumé
En-tête du livre (1,1-3)
L'éternel recommencement (1,4-11)
L'insatisfaction du roi Salomon (1,12-2,13)
La mort commune au sage et au sot (2,14-17)
L'homme dont la peine n'est pas récompensée
(2,18-26)
Le temps qui s'impose (3,1-8)
Ce qui est bon pour l'homme (3,9-15)
L'absence de justice (3,16-22)
Les faibles opprimés, au point que la mort vaut mieux
que la vie (4,1-3)
Jalousie et désir effréné (4,4-8)
La vie solitaire (4,9-12)
Perte des illusions concernant un changement de règne
(4,13-16)
Au sujet de la pratique cultuelle (4,17-5,6)
L'Etat (5,7-8)
Les richesses (5,9-6,6)
Considérations variées (6,7-7,24)
Au sujet de la femme (7,25-29)
Autres maximes: profiter de la vie tant qu'il est temps (8,1-17)
Vanité de la sagesse et de la vertu (9,1-18)
Autres considérations (10,1-20)
Prudence et audace (11,1-10)
Penser à Dieu avant d'être mort (12,1-8)
Conclusion (12,9-14)
Histoire
de la rédaction
Même si l'auteur essaye de se faire
passer pour le roi Salomon, il n'y parvient pas! Le texte hébreu
est caractéristique d'une langue tardive, avec des termes empruntés
à l'araméen (aramaïsme) et au persan. On trouve de nombreux
contacts avec le monde grec. L'ouvrage a du être rédigé
eu début de la période grecque, peut-être au début
du 3ème siècle avant Jésus-Christ.
Un
texte représentatif : L'éternel recommencement (Qo 1,4-11)
1,4 Un âge va, un âge vient, mais la terre
tient toujours. 5 Le soleil se lève, le soleil se couche, il se
hâte vers son lieu et c'est là qu'il se lève. 6 Le
vent part au midi, tourne au nord, il tourne, tourne et va, et sur son
parcours retourne le vent. 7 Tous les fleuves coulent vers la mer et la
mer n'est pas remplie. Vers l'endroit où coulent les fleuves, c'est
par là qu'ils continueront de couler. 8 Toute parole est lassante!
Personne ne peut dire que l'œil n'est pas rassasié de voir, et l'oreille
saturée par ce qu'elle a entendu. 9 Ce qui fut, cela sera, ce qui
s'est fait se refera, et il n'y a rien de nouveau sous le soleil! 10 Qu'il
y ait quelque chose dont on dise : " Tiens, voilà du nouveau! ",
cela fut dans les siècles qui nous ont précédés.
11 Il n'y a pas de souvenir d'autrefois, et même pour ceux des temps
futurs : il n'y aura d'eux aucun souvenir auprès de ceux qui les
suivront.