Les circonstances de la lettre sont originales. Cet
écrit ne s'adresse pas à une communauté, mais à un particulier de Colosses, Philémon, qui a découvert la foi grâce à Paul. Paul est
alors en prison et il a reçu la visite d'Onésime, l'esclave de Philémon.
Celui-ci à son tour a été converti par Paul. Paul aimerait le garder à son
service, mais dans la mesure où Onésime est la propriété de Philémon, il ne veut
rien faire sans son accord. Il va donc envoyer Onésime vers son maître pour lui
demander l'autorisation, en le faisant porteur de cette lettre qui explique les
intentions de Paul. Le problème est
de savoir pourquoi Onésime à rejoint Paul... Il n'est certainement pas venu à la
demande de Philémon ! Il s'agit probablement d'un esclave en
fuite, peut-être à la suite d'une dispute avec son maître, peut-être à la
suite d'un larcin commis sur sa propriété (Paul évoque les dettes qu'Onésime a
envers Philémon, mais il peut simplement s'agir du temps passé auprès de Paul au
détriment de son maître légitime).
La lettre a pu être écrite à Rome ou lors de la captivité de Paul à Ephèse.
Plan
Adresse et salutation (1-3)
Action de grâce pour la foi de Philémon (4-7)
Paul rappelle son autorité (8-9)
Onésime, le bénéficiaire de la demande (10-12)
Proposition de Paul: Onésime servira Paul au nom de Philémon
(13-14)
Paul envoie Onésime comme un frère auprès de Philémon
(15-17)
Paul se porte garant d'Onésime (18-19)
Paul s'en remet à la foi de Philémon pour qu'il prenne la
bonne décision (20-21)
Salutation (22-24)
Les thèmes de la lettre
La lettre traite de la question délicate de la cohabitation de la vie chrétienne et de l'esclavage... En
demandant à Philémon d'accueillir Onésime comme un frère plutôt que comme un
esclave, Paul montre à quel point la conversion au Christ peut bouleverser les
règles sociales du monde environnant. Le baptême est un acte libérateur. Évidemment, si le maître de l'esclave n'est pas
chrétien, il s'agit encore que d'une liberté intérieure. Mais si, comme dans le
cas de Philémon, le maître est également un baptisé, il doit tirer les
conséquences de ce baptême ! Toutefois, Paul n'entend pas remettre en cause la
structure même de la société antique avec son recours massif à l'esclavage. Il
ne traite ici que d'un cas de figure particulier. Mais, se faisant, il pose les
bases d'un remise en cause à plus vaste échelle de la pratique même de
l'esclavage au sein d'une société qui deviendra chrétienne quelques siècles plus
tard.
Un texte représentatif : toute l'épître
!
1:1 Paul, prisonnier du Christ Jésus, et le frère
Timothée, à Philémon, notre cher collaborateur, 2 avec Apphia notre soeur,
Archippe notre frère d'armes, et l'Église qui s'assemble dans ta maison. 3 À
vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ
!
4 Je rends sans cesse grâces à mon Dieu en faisant mémoire
de toi dans mes prières, 5 car j'entends louer ta charité et la foi qui t'anime,
tant à l'égard du Seigneur Jésus qu'au bénéfice de tous les saints. 6 Puisse
cette foi rendre agissant son esprit d'entraide en t'éclairant pleinement sur
tout le bien qu'il est en notre pouvoir d'accomplir pour le Christ. 7 De fait,
j'ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère,
que tu as soulagé le coeur des saints !
8 C'est pourquoi, bien que j'aie dans le Christ tout le
franc-parler nécessaire pour te prescrire ton devoir, 9 je préfère invoquer la
charité et te présenter une requête. Celui qui va parler, c'est Paul, le vieux
Paul et, qui plus est, maintenant le prisonnier du Christ Jésus. 10 La requête
est pour mon enfant, que j'ai engendré dans les chaînes, cet Onésime, 11 qui
jadis ne te fut guère utile, mais qui désormais te sera bien utile, comme il
l'est devenu pour moi. 12 Je te le renvoie, et lui, c'est comme mon propre
coeur. 13 Je désirais le retenir près de moi, pour qu'il me servît en ton nom
dans ces chaînes que me vaut l'Évangile ; 14 cependant je n'ai rien voulu faire
sans ton assentiment, pour que ce bienfait ne parût pas t'être imposé, mais
qu'il vînt de ton bon gré. 15 Peut-être aussi Onésime ne t'a-t-il été retiré
pour un temps qu'afin de t'être rendu pour l'éternité, 16 non plus comme un
esclave, mais bien mieux qu'un esclave, comme un frère très cher : il l'est
grandement pour moi, combien plus va-t-il l'être pour toi, et selon le monde et
selon le Seigneur ! 17 Si donc tu as égard aux liens qui nous unissent,
reçois-le comme si c'était moi. 18 Et s'il t'a fait du tort ou te doit quelque
chose, mets cela sur mon compte. 19 Moi, Paul, je m'y engage de ma propre
écriture : c'est moi qui réglerai... Pour ne rien dire de la dette qui t'oblige
toujours à mon endroit, et qui est toi-même ! 20 Allons, frère, j'attends de toi
ce service dans le Seigneur ; soulage mon coeur dans le Christ. 21 Je t'écris
avec pleine confiance en ta docilité : je sais bien que tu feras plus encore que
je ne demande. 22 Avec cela, prépare-moi un gîte ; j'espère en effet que, grâce
à vos prières, je vais vous être rendu. 23 Tu as les salutations d'Épaphras, mon
compagnon de captivité dans le Christ Jésus, 24 ainsi que de Marc, Aristarque,
Démas et Luc, mes collaborateurs. 25 Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit
avec votre esprit !