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adapté de ce site spécialisé dans les introductions bibliques, à voir :
Premier Isaïe :
(présentation détaillée)
Le
contexte historique
La première partie du livre d'Isaïe
que l'on appelle le premier Isaïe (chapitres 1-39) se déroule
dans le contexte de la montée en puissance
de l'Assyrie (pour plus de détails, consultez cette fiche historique)
qui aboutira à la prise de Samarie en 721 et à la tentative
d'attque menée contre Jérusalem par le roi assyrien Sennachérib
en 701.
L'en-tête du livre nous précise
les rois sous lequel s'exerce le ministère du prmier Isaïe:
Is 1:1 Vision d'Isaïe, fils d'Amoç, qu'il
reçut au sujet de Juda et de Jérusalem, au temps d'Ozias,
de Yotam, d'Achaz et d'Ézéchias, rois de Juda.
Ce qui nous permet d'avoir les dates
correspondantes:
Ozias 781-740
Début du ministère d'Isaïe en 740 selon 6,1
Yotam 740-736
Achaz 736-716
Ezéchias 716-687
|
Plan
Il faut bien faire attention à
un point important: même si le livre d'Isaïe regroupe en un
seul volume des prophètes d'époques diverses s'étalant
sur plusieurs siècles, il ne s'agit pas d'une simple compilation
de ces auteurs. La rédaction finale a opéré un subtil
travail d'intégration qui donne à l'ouvrage une homogénéité
bien réelle. Pour cela, certains thèmes appartenant à
des auteurs plus tardifs ont été introduits dès le
début du livre, et des passages probablement pré-exiliques
peuvent se retrouver dans la fin de l'ouvrage. Le lecteur ne devra donc
pas s'étonner de trouver dans les chapitres 1-39 des sections manifestement
plus tardives que le premier Isaïe!
A- Orcales contre Juda et Jérusalem (1-5)
-
En-tête (1,1)
-
Orcale contre Juda (1,2-31)
-
Jérusalem au centre du monde (2,1-5)
-
Le jour du Seigneur (2,6-22)
-
Le désordre à Jérusalem (3,1-15)
-
Les frivoles de Jérusalem (3,16-4,1)
-
Les rescapés de Sion (4,2-6)
-
Le chant de la vigne (5,1-7)
-
Malédiction (5,8-25)
-
La venue des Assyriens (5,26-30)
B- Le cycle de l'Emmanuel (6-12)
-
La vocation du prophète (6,1-13)
-
Le livret de l'Emmanuel (7,1-9,6)
-
Annonce de l'échec de la coalition syro-éphraïmite
(7,1-9)
-
Le signe de l'Emmanuel (7,10-25)
-
Le fils d'Isaïe comme présage (8,1-4)
-
Annonce de l'invasion par les Assyriens (8,5-10)
-
Le Seigneur maître de la situation (8,11-15)
-
Attendre sans succomber aux charmes des devins (8,16-20)
-
De la détresse à la libération grâce
à un enfant (8,21-9,6)
-
Jugement du royaume du Nord et de sa capitale Samarie (9,7-20)
-
Les mauvais juges (10,1-4)
-
Oracles contre l'Assyrie (10,5-34)
-
Perspectives d'avenir
-
Le roi juste (11,1-9)
-
Le retour d'Exil (11,10-16)
-
Le cantique des sauvés (12,1-6)
C- Oracles sur les nations païennes (13-23)
-
Babel (13,1-14,23)
-
Assur (14,24-27)
-
La Philistie (14,28-32)
-
Moab (15,1-16,4)
-
Damas et Ephraïm (17,1-6)
-
Contre les pratiques idolâtriques (17,7-14)
-
Koush (18,1-7)
-
L'Egypte (19,1-20,6)
-
Babel (21,1-10)
-
Douma (21,11-12)
-
Les tribus arabes (21,13-17)
-
Jérusalem (22,1-14)
-
Contre un particulier, Chebna (22,15-25) Ces deux
oracles font une rupture dans le thème de la section
-
Tyr (23,1-18)
D- Grande apocalypse d'Isaïe (24-27) Pièce
beaucoup plus tardive que le premier Isaïe
-
Le Seigneur ravage la terre (24,1-23)
-
Chant d'action de grâce (25,1-5)
-
Le festin de la fin des temps et la chute de Moab (25,6-12)
-
Louange et action de grâce (26,1-19)
-
Le châtiment des habitants de la terre (26,20-21)
-
Le châtiment de Léviathan (27,1)
-
Le chant de la vigne (27,2-5)
-
Le rétablissement du peuple (27,6-13)
E- Oracles variés (28-33)
-
La fin de Samarie (28,1-6)
-
Contre les prêtres et les prophètes (28,7-13)
-
Contre les alliances (28,14-22)
-
L'exemple du laboureur (28,23-29)
-
Le siège et le salut d'Ariél (29,1-8)
-
Le peuple aveugle (29,9-12)
-
La religion hypocrite (29,13-14)
-
Les politiciens (29,15-16)
-
Perspectives de salut (29,17-24)
-
L'Egypte qui ne peut sauver (30,1-7)
-
Le châtiment des coupables (30,8-17)
-
Le jugement des nations (30,27-33)
-
L'illusion d'une alliance avec l'Egypte (31,1-3)
-
Le Seigneur entre en guerre contre l'Assyrie (31,4-9)
-
Le roi juste (32,1-5)
-
Le fou et le noble (32,6-8)
-
Les insouciantes (32,9-14)
-
Futur règne de justice et de paix (32,15-20)
-
Prière dans la détresse (33,1-6)
-
Le secours du Seigneur (33,7-16)
-
La furure gloire de Sion (33,7-16)
F- Petite apocalypse d'Isaïe (34-35) Passages
aussi tardifs que la grande apocalypse
-
Châtiment de Moab et des nations (34,1-17)
-
La délivrance d'Israël (35,1-10)
G- Autour du siège de Jérusalem en 701 (36-39)
Récits
fortement inspirés par le livre des Rois
-
La campagne de Sennachérib
-
Avancée en Juda (36,1)
-
Premier récit du siège de Jérusalem
(36,2-37,9)
-
Deuxième récit (37,9-20)
-
Intervention d'Isaïe et salut (37,21-35)
-
L'échec de Sennachérib et sa mort (37,36-38)
-
La maladie et la guérison du roi Ezéchais (38,1-20)
-
L'ambassade bablylonienne (39,1-8)
Grands
axes de la prophétie d'Isaïe
Un prophète conseiller royal
Avec Isaïe, nous avons un exemple
typique d’exercice du ministère prophétique en tant que conseiller
royal. Sous plusieurs rois, avec un succès inégal,
Isaïe va s’impliquer activement dans les affaires politiques de Juda.
Derrière cette constatation, il y a une théologie. A travers
le prophète, c’est le Seigneur qui s’intéresse à la
manière dont Israël mène sa politique.
On remarque chez Isaïe une vive
critique
de la politique des alliances avec les grandes puissances de l’époque.
Ce qui sous-tend ces critiques, c’est le thème de la confiance.
Pour le prophète, la seule grande puissance digne de confiance,
c’est le Seigneur. Toute alliance étrangère apparaît
comme un manque de confiance en Dieu.
A aucun moment Isaïe n’est nostalgique
de l'époque des tribus. Il ne condamne pas le mode de vie citadine
adopté par Israël, ni ne remet en cause l’institution royale.
Au contraire, il envisage l’avenir du peuple dans
le cadre d’une cité, avec toute ses structures sans lesquelles
régnerait l’anarchie.
La sainteté de Dieu
La vision inaugurale du prophète
(chapitre 6) a marqué toute son oeuvre. Le thème de la sainteté
de Dieu va revenir régulièrement, avec une très haute
idée de la grandeur divine. Cela se retrouve avec les titres attribués
à Dieu:
- le Saint,
et même le seul Saint, le Saint d’Israël
Is 8 13 C'est Yahvé Sabaot que vous proclamerez
saint, c'est lui qui sera l'objet de votre crainte et de votre terreur.
Is 1 4 Malheur! nation pécheresse! peuple coupable!
race de malfaiteurs, fils pervertis! Ils ont abandonné Yahvé,
ils ont méprisé le Saint d'Israël, ils se sont détournés
de lui.
- le Roi
Is 6 5 Alors je dis: «Malheur à moi,
je suis perdu! car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite
au sein d'un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi,
Yahvé Sabaot.»
Le Dieu d’Isaïe est un Dieu qui
agit et qui exerce son autorité sur toute
la création. Il accomplit une oeuvre, une action:
Is 5 12 Ce ne sont que harpes et cithares, tambourins
et flûtes, et du vin pour leurs beuveries. Mais pour l'oeuvre de
Yahvé, pas un regard, l'action de ses mains, ils ne la voient pas.
Is 28 21 Oui, comme au mont de Peraçim, Yahvé
se lèvera, comme au val de Gabaôn, il frémira, pour
opérer son oeuvre, son oeuvre étrange, pour accomplir sa
tâche, sa tâche mystérieuse.
De tout cela, il ressort que Dieu
a un plan, un projet précis. Il n’intervient pas au hasard
des circonstances, mais suivant un planning précis, bien déterminé.
Chaque chose arrive en son temps.
Is 37 26 Entends-tu bien? De longue date j'ai préparé
cela, aux jours anciens j'en fis le dessein, maintenant je le réalise.
Ton destin fut de réduire en tas de ruines des villes fortifiées.
Pour accomplir son dessein, Dieu dispose
de toute sa puissance, y compris sur les nations.
Avec Isaïe, il est clair que ces nations païennes, ces empires
puissants qui ne connaissent pas le dieu d’Israël, n’en sont pas moins
ses instruments.
Is 7 18 Il arrivera, en ce jour-là, que Yahvé
sifflera les mouches qui sont à l'extrémité des fleuves
d'Egypte et les abeilles qui sont au pays d'Assur. 19 Elles viendront
et se poseront toutes dans les torrents des ravins et dans les fentes des
rochers, sur tous les buissons et à tous les points d'eau.
20 En ce jour-là, le Seigneur rasera avec un rasoir loué
au-delà du fleuve, (avec le roi d'Assur) la tête et le poil
des jambes, et même la barbe, il l'enlèvera.
Is 10 5 Malheur à Assur, férule de ma
colère; c'est un bâton dans leurs mains que ma fureur.
Ce regard sur les nations sera repris
par le deutéro-Isaïe. Dans le premier Isaïe, on reste
toutefois dans une perspective souvent strictement nationaliste. Ces nations
dont le Seigneur se sert pour corriger son peuple restent un instrument
qui finalement sera détruit. La colère de Dieu finit par
se retourner contre ces puissances, dans la mesure où elles vont
outrepasser leur rôle, faute de connaître qui est leur véritable
maître.
Le Dieu saint
face à un peuple de pécheurs
A la sainteté de Dieu s’oppose
le péché de son peuple. Comme ces prédécesseurs
Amos ou Osée, Isaïe va dénoncer vigoureusement ce péché.
Le principal reproche concerne le manque de foi
qui se traduit par la recherche d’alliances étrangères.
Mais Isaïe dénonce aussi les maux qui frappent continuellement
Israël: hypocrisie religieuse, outrecuidance des puissants, oppression
des faibles.
Avec Isaïe apparaît le thème
de l’endurcissement. C’est là un des
éléments de sa vocation:
Is 6 9 Il me dit: «Va, et tu diras à
ce peuple: Ecoutez, écoutez, et ne comprenez pas; regardez, regardez,
et ne discernez pas. 10 Appesantis le coeur de ce peuple, rends-le
dur d'oreille, englue-lui les yeux, de peur que ses yeux ne voient, que
ses oreilles n'entendent, que son coeur ne comprenne, qu'il ne se convertisse
et ne soit guéri.»
C’est là une question théologique
importante. Comment comprendre cet « endurcissement » venant
d’une intervention divine. Il n’est pas possible de résoudre la
question par la simple constatation que l’éloignement de Dieu entraîne
progressivement de grandes difficultés à l’entendre. Cela
est vrai, mais ce n’est pas ce que dit le texte, qui présente l’endurcissement
comme une action de Dieu et pas comme la résultante d’une opposition
de l’homme. On retrouverait le même problème avec l’endurcissement
de Pharaon. Il semble bien y avoir un courant théologique qui postule
que Dieu peut inspirer de mauvais conseils ou fermer activement l’entendement
des hommes aux voies de la sagesse.
Isaïe récupère
ces traditions, mais les intègre dans un tout autre cadre. L’endurcissement
n’est qu’un élément de cette oeuvre de Dieu qui comporte
également un constant appel:
Is 29 9 Soyez stupides et stupéfaits, devenez
aveugles et sans vue; soyez ivres, mais non de vin, titubants, mais non
de boisson, 10 car Yahvé a répandu sur vous un esprit
de torpeur, il a fermé vos yeux (les prophètes), il a voilé
vos têtes (les voyants). 11 "Et toutes les visions sont devenues
pour vous comme les mots d'un livre scellé que l'on remet à
quelqu'un qui sait lire en disant: «Lis donc cela.» Mais il
répond: «Je ne puis, car il est scellé.»
12 "Et on remet le livre à quelqu'un qui ne sait pas lire en disant:
«Lis donc cela.» Mais il répond: «Je ne sais pas
lire.» 13 Le Seigneur a dit: Parce que ce peuple est près
de moi en paroles et me glorifie de ses lèvres, mais que son coeur
est loin de moi et que sa crainte n'est qu'un commandement humain, une
leçon apprise, 14 eh bien! voici que je vais continuer à
étonner ce peuple par des prodiges et des merveilles; la sagesse
des sages se perdra et l'intelligence des intelligents s'envolera.
On ne peut comprendre les paroles
sur l’endurcissement qu’insérées dans le cadre général
de l’oeuvre de Dieu, de l’histoire du salut. Paradoxalement, cet endurcissement
est au commencement de l’histoire du salut. Ce n’est pas parce que la parole
de Dieu n’est pas entendue par les contemporains du prophète qu’elle
perd toute efficacité. Le plan de Dieu va se dérouler, mais
par étapes: endurcissement-chatiment-restauration.
Le prophète se retrouve donc obligé, de par sa vocation même,
d’écrire pour l’avenir car ses paroles ne seront reçues que
plus tard.
Le châtiment inévitable
qui doit sanctionner le manque de foi du peuple ne sera toutefois pas
une destruction totale, comme Amos le laissait entendre pour Samarie
par exemple. Après avoir joué leur rôle de bâton,
les nations seront à leur tour détruites, épargnant
Juda de la ruine complète.
Le chantre de Sion
Avec Isaïe apparaît un thème
nouveau dans la littérature prophétique: Sion.
Sion, c’est la montagne sur laquelle est bâtie Jérusalem.
A partir de ce toponyme, Isaïe va développer toute une théologie:
- Sion est la montagne
du Seigneur, la montagne sainte vers laquelle convergent les populations
pour l’adoration.
- Sion est un
lieu choisi par le Seigneur qui en a fait un refuge de droiture.
Is 14 32 Que répondra-t-on aux messagers de
cette nation? Que Yahvé a fondé Sion, et que là se
réfugieront les pauvres de son peuple.
Is 33 5 Yahvé est exalté car il trône
là-haut, il comble Sion de droit et de justice.
- Cette montagne a été
choisie par le Seigneur pour y faire sa demeure.
Elle devient un second Sinaï.
Is 4 5 Yahvé créera partout sur la montagne
de Sion et sur ceux qui s'y assemblent une nuée le jour, et une
fumée avec l'éclat d'un feu flamboyant, la nuit. Car sur
toute gloire il y aura un dais
Is 8 18 Voici que moi et les enfants que Yahvé
m'a donnés nous devenons signes et présages en Israël,
de la part de Yahvé Sabaot qui habite sur la montagne de Sion.
- Sion est aussi la demeure des hommes
avec Jérusalem. Elle devient donc la demeure
de Dieu parmi les hommes, à la différence cette fois
du Sinaï qui était une demeure de Dieu à l’écart
des hommes.
- Cette présence humaine à
Sion fait que Sion va se personnaliser dans
ses habitants et la population de Juda sera qualifiée de «
fille de Sion », terme nouveau que nous devons également à
Isaïe.
- Et c’est bien sûr de
Sion que rayonne la Loi du Seigneur:
Is 2 3 alors viendront des peuples nombreux qui diront:
«Venez, montons à la montagne de Yahvé, à la
maison du Dieu de Jacob, qu'il nous enseigne ses voies et que nous suivions
ses sentiers.» Car de Sion vient la Loi et de Jérusalem la
parole de Yahvé.
Sion va finalement devenir le centre
de l’histoire des hommes, un pivot autour duquel tout s’articule.
Les peuples se liguent contre Sion mais ne parviennent pas à la
vaincre car le Seigneur la secoure. Il ne s’agit pas ici de combats humains
mais d’une intervention miraculeuse de Dieu qui a soin de sa demeure. Cette
certitude d’une intervention in extremis habite Isaïe à
tel point qu’elle conditionne son conseil : il faut laisser Dieu défendre
sa ville et ne pas interférer avec son plan par des manoeuvres ou
des tractations humaines. Même au plus fort de l’invasion assyrienne,
la conviction du prophète reste inébranlable.
Is 31 1 Malheur à ceux qui descendent en Egypte
pour y chercher du secours. Ils comptent sur les chevaux, ils mettent leur
confiance dans les chars, car ils sont nombreux, et dans les cavaliers,
car ils sont très forts. Ils ne se sont pas tournés vers
le Saint d'Israël, ils n'ont pas consulté Yahvé.
2 Pourtant il est sage, lui aussi, et peut faire venir le malheur, il n'a
jamais manqué à sa parole. Il se lèvera contre l'engeance
des méchants, contre la protection des malfaisants. 3 L'Egyptien
est un homme et non un dieu, ses chevaux sont chair et non esprit; Yahvé
étendra la main: le protecteur trébuchera, le protégé
tombera, tous ensemble ils périront. 4 Car ainsi m'a parlé
Yahvé: Comme gronde le lion, le lionceau après sa proie,
quand on fait appel contre lui à l'ensemble des bergers, sans qu'il
se laisse terroriser par leurs cris ni troubler par leur fracas, ainsi
descendra Yahvé Sabaot pour guerroyer sur le mont Sion, sur sa colline.
5 Comme des oiseaux qui volent, ainsi Yahvé Sabaot protégera
Jérusalem; par sa protection il la sauvera, par son soutien il la
délivrera. 6 Revenez à celui qu'ont si profondément
trahi les enfants d'Israël. 7 Car en ce jour-là, chacun
rejettera ses faux dieux d'argent et ses faux dieux d'or, qu'ont fabriqué
pour vous vos mains pécheresses. 8 Assur tombera par l'épée,
non celle d'un homme, il sera dévoré par l'épée,
non celle d'un mortel. Il s'enfuira devant l'épée, et ses
jeunes gens seront asservis.
L’histoire de l’échec de Sennachérib
devant Jérusalem va évidemment donner une caution extraordinaire
à ces prophéties d’Isaïe, même si l’amertume du
prophète en face de la joie de la population est manifeste. Le salut
est bien arrivé, mais sans que les habitants se convertissent et
placent leur foi dans le Seigneur.
Ces oracles annonçant l’invulnérabilité
de Jérusalem vont peser lourd par la suite, car ils vont finalement
aller à l’encontre de leur intention première qui était
de stimuler la foi et la confiance du peuple. En fait, on va se baser sur
cette certitude de l’intervention de Dieu pour abandonner tout projet de
conversion et faire du temple un talisman infaillible. Quelques dizaines
d’années plus tard, Jérémie devra lutter avec énergie
contre cette conviction qui évite la conversion.
L’origine du messianisme
En plus du thème de Sion, Isaïe
va introduire dans la théologie d’Israël un autre concept qui
va être promis à un extraordinaire avenir. Il s’agit d’une
relecture originale de l’oracle de Nathan qui va poser les bases
du messianisme davidique.
La figure principale de ce messianisme
reste très mystérieuse et n’emploie par directement le terme
de « messie », qui sera exploité directement dans le
second Isaïe. Mais Isaïe dresse le portrait d’un personnage qui
va récapituler tous ce que l’on attendra ultérieurement du
messie davidique.
- Isaïe
détaille l’équipement que ce personnage a reçu en
vue de l’accomplissement de son ministère (oracle du ch. 11,1-8).
Son autorité repose sur une multitude, une
plénitude de charismes et pas sur un seul comme cela avait
pu être le cas pour les grandes figures bibliques antérieures.
L’Esprit repose sur lui et en fait sa demeure permanente.
- Le rôle
du personnage est également précisé: c’est avant tout
un médiateur dont la mission est de
faire triompher le droit de Dieu en prenant
soin des plus faibles. Pour accomplir cela, il dispose de qualités
divines, dont l’omniscience et la possibilité de poser un verdict
immédiatement suivi d’effet.
- Les conséquences
de sa mission sont l’établissement d’un règne
qui n’est pas sans rappeler la paix et l’ordre paradisiaque. On
notera aussi que le prophète ne le désigne jamais avec le
mot de « roi » mais avec celui de « prince » (Sar),
évitant de mettre la royauté du personnage en opposition
avec celle de Dieu. Le « messie » n’exerce de pouvoir royal
que par délégation. C’est un vizir qui règne au nom
de Dieu.
- Cette description
se distingue radicalement du langage de cour habituel qui n’hésitait
pas à parler en ces termes du roi régnant. Cette fois, Isaïe
reporte toutes ces promesses sur un personnage encore
à venir issu de la lignée davidique. Cependant, Isaïe
ne rejette pas cette promesse dans un avenir si lointain qu’il en reste
indéterminé. L’oracle de l’Emmanuel peut même laisser
à penser qu’Isaïe a en vue un enfant royal bien précis.
Il semble en tout cas que l’action de ce personnage doive prendre place
dans le cadre des grands bouleversements annoncés par la montée
en puissance assyrienne. Mais certains attributs et titres donnés
à ce personnage laissent déjà à penser qu’il
pourrait s’agir de beaucoup plus qu’un simple roi humain.
Un
texte représentatif: les oracles de l'Emmanuel
Premier oracle Is 7,10-16
Is 7,10 Yahvé parla encore à Achaz en
disant :
11 Demande un signe à Yahvé ton Dieu,
au fond, dans le shéol, ou vers les hauteurs, au-dessus.
12 Et Achaz dit : Je ne demanderai rien, je ne tenterai
pas Yahvé.
13 Il dit alors : Écoutez donc, maison de David!
est-ce trop peu pour vous de lasser les hommes, que vous lassiez aussi
mon Dieu ?
14 C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous
donnera un signe : Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter
un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel.
15 Il mangera du lait caillé et du miel jusqu'à
ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien.
16 Car avant que l'enfant sache rejeter le mal et
choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois
te jettent dans l'épouvante.
Deuxième oracle: de la détresse à
la libération (Is 8,21-9,6)
Is 8,21 Et il passera dans le pays, opprimé
et affamé; il arrivera que lorsqu'il sera affamé, il s'irritera,
il maudira son roi et son Dieu, et se tournera vers le ciel.
22 Puis il regardera vers la terre; et voici : angoisse,
obscurité, nuit de détresse, ténèbres dissolvantes.
23 Car n'est-ce pas la nuit pour le pays qui est dans
la détresse ? Comme le passé a humilié le pays de
Zabulon et le pays de Nephtali, l'avenir glorifiera le chemin de la mer,
au-delà du Jourdain, le district des nations.
9,1 Le peuple qui marchait dans les ténèbres
a vu une grande lumière, sur les habitants du sombre pays, une lumière
a resplendi.
2 Tu as multiplié la nation, tu as fait croître
sa joie; ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit
à la moisson, comme on exulte au partage du butin.
3 Car le joug qui pesait sur elle, la barre posée
sur ses épaules, le bâton de son oppresseur, tu les as brisés
comme au jour de Madiân.
4 Car toute chaussure qui résonne sur le sol,
tout manteau roulé dans le sang, seront mis à brûler,
dévorés par le feu.
5 Car un enfant nous est né, un fils nous
a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses
épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux,
Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix,
6 pour que s'étende le pouvoir dans une paix
sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l'établir
et pour l'affermir dans le droit et la justice. Dès maintenant et
à jamais, l'amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela.
Troisème oracle: le roi juste (Is 11,1-9)
Is 11,1 Un rejeton sortira de la souche de Jessé,
un surgeon poussera de ses racines.
2 Sur lui reposera l'Esprit de Yahvé, esprit
de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de
connaissance et de crainte de Yahvé :
3 son inspiration est dans la crainte de Yahvé.
Il jugera mais non sur l'apparence. Il se prononcera mais non sur le ouï-dire.
4 Il jugera les faibles avec justice, il rendra une
sentence équitable pour les humbles du pays. Il frappera le pays
de la férule de sa bouche, et du souffle de ses lèvres fera
mourir le méchant.
5 La justice sera la ceinture de ses reins, et la
fidélité la ceinture de ses hanches.
6 Le loup habitera avec l'agneau, la panthère
se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau et la bête grasse
iront ensemble, conduits par un petit garçon.
7 La vache et l'ourse paîtront, ensemble se
coucheront leurs petits. Le lion comme le bœuf mangera de la paille.
8 Le nourrisson jouera sur le repaire de l'aspic,
sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main.
9 On ne fera plus de mal ni de violence sur toute
ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance de Yahvé,
comme les eaux couvrent le fond de la mer.
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