En -330, le roi de Macédoine Alexandre le Grand achève sa
conquête de l'Orient. Il triomphe du roi des Perses Darius III et coalise sous
une même autorité le plus grand empire que l'Antiquité ait jusqu'alors connu.
Son empire, outre la Grèce, regroupe l'Egypte, le pays de Canaan et toute la
Mésopotamie jusqu'aux rives de l'Indus.
La conquête
d'Alexandre n'est pas qu'une opération militaire. On peut à proprement parler
d'une conquête culturelle. Avec Alexandre, c'est le monde de la culture grecque
qui fait irruption dans l'ancien Orient: philosophie, mathématiques, poésie...
sans oublier la langue. Le grec va devenir la langue commune de tout l'Orient,
nécessaire pour commercer ou entrer en relation avec l'administration. La cité
grecque va devenir le modèle des villes nouvelles, dont la plus célèbre sera
bientôt la fameuse Alexandrie d'Egypte. Même les anciennes cités se mettent au
goût du jour et se construisent gymnases, théâtres et acropoles. Ce mouvement
culturel est connu sous le nom d'hellénisation.
La mort d'Alexandre et le partage de son empire
Tout semblait bien parti pour durer, mais Alexandre décède à 33
ans le 23 Juin 323. Il meurt jeune et surtout sans héritier évident (un enfant
encore à naître et un demi-frère psychologiquement fragile). Tant et si bien que
ce sont ses officiers qui vont se partager son empire. Deux d'entre-eux vont se
partager l'Europe et deux autres l'ancien Orient. Ces quatre successeurs
d'Alexandre sont connus sous le nom de diadoques (du terme grec qui veut dire
"héritier").
En ce qui
concerne l'histoire biblique, deux diadoques vont fonder des dynasties
durables:
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| Territoire lors du partage: Egypte + Canaan | Territoire lors du partage: Mésopotamie |
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Le sort de la Koilé-Syrie
La Judée et la Samarie, autrefois province
de l'empire perse appartenant à la Transeuphratène deviennent
une province de l'empire lagide désormais
appelée la Koilé-Syrie (la
Syrie de l'intérieur). L'histoire va se répéter. De même que le pays de Canaan
avait été autrefois objet de litiges entre l'Egypte et les empires
mésopotamiens, la Koilé-Syrie va devenir une terre convoitée aussi bien par les
Lagides que par les Séleucides. Plusieurs générations de rois vont se battre
pour dominer cette province.
En 200, le séleucide Antiochos III Mégas (le Grand) reporte une victoire
décisive sur les Lagides à Panion (aujourd'hui Banias, aux sources du Jourdain).
La Koilé-Syrie passe alors durablement dans le camp séleucide.
L'affaire Héliodore
Grâce à l'appui d'Onias, Hyrkan réussit à faire expulser de Jérusalem ses demi-frères. Ceux-ci préparent avec soin leur riposte. Ils ont pour allié un certain Simon qui est administrateur d'une partie du Temple. Comme le nouveau souverain séleucide a de gros besoins d'argent pour payer un fort tribu aux Romains qui l'avaient battu à plate couture quelques temps auparavant, Simon va lui suggérer de faire une descente au temple et de rafler l'argent d'Hyrkan mis en dépôt auprès d'Onias. Le roi Séleucos IV envoie donc son ministre des finances Héliodore pour aller chercher le magot dans le Temple. Sa prétention à entrer dans le Temple entraîne une véritable émeute dans la ville. 2M 3 décrit avec forces détails cet épisode. Sans que l'on puisse savoir exactement ce qui s'est passé (2M décrit une intervention miraculeuse, mais beaucoup d'historiens n'y voient qu'un coup de force des partisans des Lagides), Héliodore est roué de coups et empêché d'entrer. Onias devra en personne aller présenter ses excuses au roi pour le mauvais traitement infligé à son ministre.
Antiochos IV Epiphane (175-164/163)
En 175, Antiochos IV modestement surnommé "Epiphane", c'est à dire "manifestation de Dieu" prend le pouvoir sur l'empire séleucide. C'est vers lui que vont se tourner les Tobiades. Antiochos IV est en proie à un double souci: d'une part, payer aux Romains de fortes sommes d'argent afin de s'acquitter de son tribu de vassalité, d'autre part, assurer la cohérence d'un empire regroupant de multiples langues et peuples. Pour ce faire, il va chercher à l'homogénéiser sous la bannière de la culture grecque.
La prise de pouvoir de Jason
| Les Tobiades vont piloter en sous-main un frère d'Onias,
un certain Jésus qui a pris le nom grec de Jason et qui est un partisan de l'hellénisation à
outrance. Jason va revendiquer le souverain pontificat et plaider sa cause
auprès d'Antiochos. Comme Antiochos doit toujours payer le tribu à Rome,
Jason a l'habileté de lui proposer une forte somme en échange de sa
nomination. Gagnant tant du coté de son programme d'hellénisation que du
coté finances, Antiochos dépose Onias III et nomme Jason Grand Prêtre.
Pour la première fois, mais pas la dernière, le
souverain pontificat n'est plus dans la suite d'une succession régulière
mais devient une charge qui s'achète. Jason va mettre en oeuvre son programme d'hellénisation à Jérusalem, notamment la construction d'un gymnase, ce qui va scandaliser une partie de la population car les athlètes s'y entraînent entièrement nus. Comme dans ces conditions fort dévêtues la circoncision devient un signe extérieur gênant, d'habiles chirurgiens proposent des interventions pour en dissimuler la trace. Le Grand Prêtre Jason ira jusqu'à utiliser l'argent du Temple pour offrir des sacrifices aux idoles étrangères. |
Le témoignage du deuxième livre
des Maccabées
2 M 4,9-14 Il (Jason) s'engageait en outre à payer 150 autres talents si le roi lui donnait pouvoir d'établir un gymnase et une éphébie et de dresser la liste des Antiochéens de Jérusalem. Le roi ayant consenti, Jason, dès qu'il eut saisi le pouvoir, amena ses frères de race à la pratique de la vie grecque. Il supprima les franchises que les rois, par philanthropie, avaient accordées aux Juifs grâce à l'entremise de Jean, père de cet Eupolème qui sera envoyé en ambassade pour conclure un traité d'amitié et d'alliance avec les Romains; détruisant les institutions légitimes, Jason inaugura des usages contraires à la Loi. Il se fit en effet un plaisir de fonder un gymnase au pied même de l'acropole, et il conduisit les meilleurs des éphèbes sous le pétase. L'hellénisme atteignit une telle vigueur et la mode étrangère un tel degré, par suite de l'excessive perversité de Jason impie et pas du tout pontife, que les prêtres ne montraient plus aucun zèle pour le service de l'autel, mais que, méprisant le Temple et négligeant les sacrifices, ils se hâtaient de prendre part, dès l'appel du gong, à la distribution, prohibée par la Loi, de l'huile dans la palestre |
Le règne de Ménélas
Trouvant que l'hellénisation ne progresse pas assez vite,
Antiochos va commencer à suspecter Jason qui reste quand même le frère du Grand
Prêtre légitime Onias. Un homme de paille des Tobiades, un certain Ménélas, frère du Simon de l'affaire Héliodore, va poser sa
candidature au souverain pontificat en offrant une somme encore plus alléchante.
Il obtient sa nomination en 170 et Jason est à son tour déposé. Notons que pour la première fois, le sacerdoce passe à un homme étranger à la
lignée de Sadoq.
| Tout cela indique où en était tombé la hiérarchie sacerdotale à Jérusalem! Jason ne va pas se décourager et il va devenir chef de bande. Avec ses troupes, il attaque Ménélas à Jérusalem et le contraint à s'enfermer dans l'acropole sous la protection des troupes royales. Cet incident va décider Antiochos à intervenir directement dans les affaires d'Israël et à prendre en main personnellement l'hellénisation de la Judée. | Le témoignage du deuxième livre
des Maccabées
2 M 4:23-27 Au bout de trois ans, Jason envoya
Ménélas, frère du Simon signalé plus haut, porter l'argent au roi et mener
à bien les négociations des affaires urgentes. Ménélas, s'étant fait
recommander au roi et l'ayant abordé avec les manières d'un personnage de
marque, se fit attribuer le pontificat à lui-même, offrant 300 talents
d'argent de plus que n'avait offert Jason. Muni des lettres royales
d'investiture, il s'en revint, n'ayant rien qui fût digne de la
grand-prêtrise mais n'apportant que les fureurs d'un tyran cruel et les
rages d'une bête sauvage. Ainsi Jason qui avait supplanté son propre
frère, supplanté à son tour par un autre, dut gagner en fugitif
l'Ammanitide. Quant à Ménélas, il possédait sans doute le pouvoir, mais il
ne versait rien au roi des sommes qu'il lui avait promises.
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La persécution de 168-166
Antiochos va agir avec brutalité, en commençant par
l'élimination du parti pro-Lagides et des partisans de Jason. Pour récupérer
l'argent que Ménélas n'avait pu payer, il pille le Temple et emporte tous les
objets de valeur. Puis il confie la suite de l'hellénisation forcés à son
lieutenant Appolonios. Celui-ci va poursuivre les
massacres et démolir l'enceinte de Jérusalem que Néhémie avait fait rebâtir
à grand-peine. Pour s'assurer du calme de la capitale, il fait bâtir une grande
forteresse, nommée l'Akra avec les
pierres du rempart, et il la garnit d'une forte garnison royale.
L'hellénisation prend ensuite une autre tournure avec
l'interdiction pure et simple du culte yahviste. Les livres de la Torah sont
saisis et brûlés. La circoncision devient passible de peine de mort, ainsi que
la pratique du shabbat. Enfin, pour couronner le tout, on érige dans le Temple
une statue de Zeus Olympien (15 décembre 167). Le temple samaritain concurrent
du Garizim subira le même sort et sera également consacré à Zeus. Ordre est
donné à tous les habitants d'Israël de procéder à des sacrifices païens en
faveur d'Antiochos.
Le premier livre des Maccabées nous rapporte que bon nombre d'Israélites ont fait bon accueil à ces mesures. Certains vont être victimes des persécutions, comme nous les rapporte aussi les livres des Maccabées. Enfin, certains vont fuir les villes où la pression de l'occupant est trop forte, pour se réfugier dans les steppes et pouvoir y continuer un mode de vie en accord avec leur foi. Ce groupe de fidèles va prendre le nom d'Assidéens, de l'hébreu Hassidim, les Pieux. Les Assidéens se contentent d'une résistance passive, fuyant le contact avec les zones sous contrôle païen. C'est sans doute dans ces milieux qu'il faut rechercher l'origine des Esséniens de la communauté de Qumrân, dont on retrouvera dans leurs documents à la fois le désir de fuir tout contact avec les impurs et la non-reconnaissance du sacerdoce de Jérusalem du fait de la rupture de la filiation sadocite. C'est également à cette époque qu'il convient de placer la rédaction des principales parties de livre de Daniel. Le livre de Daniel semble issu de ces milieux Assidéens qui ne se font pas beaucoup d'illusions sur les chances d'une rébellion armée.
Le début de la révolte (166)
A coté des Assidéens qui font de la résistance passive va se
lever un autre groupe décidé à l'affrontement armé. Cette révolte va se
focaliser autour de la famille d'un chef de clan de Modin, un nommé Matathias,
dont le fils Judas surnommé Maccabée, (c'est à dire "le marteau" car il tombait comme
le marteau sur ses ennemis) va donner le nom à toute la lignée, les
Maccabées.
En 166, lors d'une tournée d'inspection d'un
fonctionnaire royal chargé de s'assurer du bon déroulement du culte païen,
Matathias se rebelle et tue le fonctionnaire, ainsi qu'un de son village qui
avait sacrifié aux idoles. Pour éviter d'immédiates représailles, il prend le
maquis avec ses cinq fils. Décédé peu après, c'est Judas Maccabée qui va prendre
la tête de ce mouvement de rébellion qui va rapidement attirer à lui un certain
nombre de mécontents désireux d'en découdre avec l'adversaire.
Averti de ce coup de force, Apollonios mène au combat une petite force
de représailles. Hélas pour lui, il sous-estime complètement l'adversité et sa
troupe est décimée. Lui-même trouvera la mort dans le combat. Ce n'est encore
qu'une échauffourée, mais elle a permis à Judas d'armer ses troupes en
dépouillant ses ennemis.
Les premières victoires et la reconsécration du
Temple (164)
En 165 et 164, des affrontements plus importants vont se
dérouler contre des forces importantes chargées de mater la rébellion judéenne.
Elles tournent en faveur de Judas, d'autant plus facilement qu'Antiochos est
occupé à une expédition sur sa lointaine frontière orientale. Comme commence à
courir le bruit de sa mort, son général Lysias
préfère suspendre les opérations en Judée. Pour ne pas laisser sur ses arrières
un pays non pacifié, il conclut un pacte avec Judas accordant aux Juifs la
liberté religieuse et le respect de leur mode de vie. Le Grand Prêtre Ménélas,
qui a senti de quel coté le vent soufflait intervient en faveur de Judas et sert
d'intermédiaire pour cet accord. Judas profite de cette trêve pour établir un
lien diplomatique avec Rome, de qui il obtiendra un soutien de principe, mais
bien sûr aucune aide concrète.
Profitant de la trêve,
les Assidéens peuvent revenir à Jérusalem, et Judas entreprend le nettoyage du
temple. L'idole est démolie et l'autel reconsacré le 25
décembre 164. Cette nouvelle dédicace du Temple est encore célébrée
aujourd'hui lors de la fête d'Hanukkah. Mais à coté du Temple, la forteresse de
l'Akra demeure remplie de troupes fidèles aux Séleucides. Judas profite du calme
pour mener des opérations anti-hellénisme en Galilée et en Transjordanie.
Judas Maccabée sauvé par le gong
Après la mort d'Antiochos en 163, Lysias prend le contrôle du royaume contre la volonté du
testament du roi, en tant que régent du jeune Antiochos V, alors que le roi
avait désigne Philippe comme régent. A la nouvelle de
la mort du tyran, Judas Maccabée a entrepris le siège de l'Akra. Les défenseurs
appellent au secours et Lysias décide de reprendre une campagne contre
l'agitation en Judée. Il attaque en force, avec l'arme absolue de l'époque, les
éléphants de guerre. La confrontation avec les troupes de Judas tourne à la
déroute pour les rebelles. Eléazar, un jeune frère de Judas, trouve la mort en
essayant de tuer un éléphant sur lequel il croit à tort que se trouve le jeune
roi. Les forces de Judas sont totalement mises en déroute.
Heureusement pour eux, le régent évincé, Philippe, a pris les armes et
monte contre l'usurpateur Lysias. Celui-ci doit donc lever le siège et foncer à
la rencontre de son rival. Encore une fois, il signe une trêve avec Judas pour
ne pas laisser sur son arrière garde un pays instable. Comme il faut bien que
quelqu'un paye pour tous ces troubles, c'est le Grand Prêtre Ménélas qui fait
les frais de l'opération et qui est exécuté. Ceci permet de choisir un nouveau
Grand Prêtre, toujours fervent de l'hellénisme, mais à nouveau de lignée
sacerdotale, un certain Alcime.
La mort de Judas (160)
La confrontation entre Lysias et Philippe se termina mal pour
les deux. Le jeune roi Antiochos a été assassiné par Lysias lui-même pour mettre
sur le trône Démétrios I. C'est vers Démétrios que se
tournent les partisans d'Alcime pour que celui-ci l'installe comme Grand Prêtre.
Cette mission est confiée au général Bacchidès en
161.
C'est donc la reprise des affrontements. Mais
Judas est en difficulté car il est lâché par beaucoup d'Assidéens qui
reconnaissent la légitimité d'Alcime du fait de son lignage. Cette trahison ne
profitera pas à ces Assidéens que Bacchidès fera massacrer en masse. Après une
dernière victoire contre Nicanor, l'éléphantarque du roi, Bacchidès revient à la
charge avec des troupes imposantes. En avril 160, Judas est abandonné par la
plupart de ses soldats. Il se lance dans une dernière charge dont bien sûr il ne
reviendra pas.
Les opérations de Jonathan
Il reste heureusement pour le parti de la rébellion trois
frères de Judas. C'est Jonathan qui prend le
commandement après la mort de Judas. Les rebelles n'ont plus les moyens de mener
une guerre de contact. La rébellion se replie vers le désert et se contente
pendant quelques années de modestes opérations de guérilla aux frontières. C'est
plus ou moins la paix en Israël. Progressivement, les forces maccabéennes
reprennent pied dans le pays, favorisées par les graves dissensions qui divisent
le parti helléniste.
Jonathan, surnommé à juste titre
le rusé, ou le dissimulateur, va admirablement se servir des événements pour
faire progresser sa cause. En 153, un certain Alexandre
Balas, qui se dit fils d'Antiochos Epiphane, conteste la royauté de
Démétrios. Il débarque avec ses troupes à Ptolémaïs (St Jean d'Acre). Pour
éviter que Jonathan et ses forces ne rejoignent Balas, Démétrios lui propose de
le reconnaître comme gouverneur de Judée! Jonathan accepte l'offre et entre à
Jérusalem comme lieutenant du roi. En fait, il travaille pour sa propre cause et
il use de cette toute nouvelle autorité pour refortifier Jérusalem et isoler la
fameuse forteresse d'Akra toujours aux mains des Séleucides.
Alexandre Balas ne va pas rester inactif. Il fait aussi une offre à
Jonathan, beaucoup plus alléchante que celle de Démétrios. Il propose de nommer
Jonathan ami du roi, de le ceindre de la couronne et de l'établir Grand Prêtre.
Jonathan change immédiatement de camp et c'est en tant que
Grand Prêtre qu'il officie en 152. Il a choisi le bon camp, car Balas
triomphe de Démétrios et prend le pouvoir royal en 150.
Pendant la guerre qui va encore une fois opposer les Lagides aux
Séleucides, Jonathan reste prudemment neutre et soutient alternativement l'un et
l'autre camp. Il en profite surtout pour étendre le territoire sous sa
juridiction. Il en fera cependant un peu trop, et il sera assassiné après
trahison en 143 par Tryphon, le Séleucide régnant alors.
La victoire de Simon
La direction des opérations militaires et diplomatiques
maccabéennes passe alors à Simon, un des deux frères
survivant. Comme Jonathan, Simon va jouer habillement la carte des querelles de
succession Séleucides et récupérer tous les privilèges dont jouissait Jonathan.
En 141, il réussit même à se défaire de l'Akra. En 140, on organise une
célébration pour donner à Simon une certaine légitimité en tant que Grand Prêtre
alors qu'il n'est pas de lignée sadocite.
Bien qu'il ne
porte pas le titre de roi, Simon obtient de fait la
quasi-indépendance d'Israël. Il est tout à la fois Grand Prêtre et chef politique. Il va rétablir une
succession héréditaire dans ces deux domaines, fondant ainsi la dynastie des
Asmonéens.
Les Asmonéens au pouvoir
Le règne de Simon va se dérouler dans un climat de paix et de
joie après ces années d'oppressions. Cependant, Simon va connaître une fin
violente assassiné par un opposant en 134. Cette tentative de coup d'état
échouera et le fils de Simon, Jean
Hyrkan, va lui succéder à la tête d'Israël. C'est vers cette époque que
s'achève les récit des livres des Maccabées et seul l'historien F. Josèphe
couvre la période suivante.
Le règne de Jean Hyrkan
sera prospère, pratiquement totalement indépendant des Séleucides. Il va en
profiter pour étendre son territoire, en imposant de force
la conversion au Yahvisme des populations conquises. Ce sera le cas de
l'Idumée, le territoire situé au sud de la Judée. Du fait de cette conversion
forcée, les Iduméens seront dès lors considérés comme faisant partie de la
nation juive. Nous retrouverons ultérieurement un Iduméen célèbre qui jouera un
rôle dans les affaires d'Israël, à savoir Hérode le Grand.
C'est également vers cette époque que vont se constituer, ou
tout du moins affirmer leurs différences, les deux grands partis religieux que
nous retrouverons dans le Nouveau Testament, les Pharisiens et les Sadducéens. Les Pharisiens, dont le
nom pourrait bien signifier les "séparés", semblent être la continuation du
groupe jusqu'alors informel des Assidéens, dont on sait qu'ils étaient regroupés
en congrégations. Les Pharisiens vont en tout cas manifester les mêmes
préoccupations que les Assidéens de la période maccabéenne, soucieux d'une
stricte observance de la loi, désireux de se préserver de la souillure engendrée
par le contact avec les tenants de l'hellénisme, et finalement peu enclins à
agir dans le domaine politique, du moins au début. Leur organisation est laïque,
indépendante du clergé attaché au Temple, mais centrée sur des scribes
commentateurs de la loi, un peu dans la ligne d'Esdras.
A l'inverse, les Sadducéens, dont le nom vient probablement du prêtre
Sadoq, se considèrent comme les détenteurs du sacerdoce légitime. Ils recrutent
essentiellement dans la classe sacerdotale, et possèdent de nombreux alliés
politiques dans l'aristocratie. Dans l'ensemble, ils sont plutôt ouverts à
l'hellénisme, et dès le début, du fait du rôle politique affirmé du Grand
Prêtre, ils jouent un rôle dans le vie politique du pays. En fait, on ne connaît
les Sadducéens pratiquement que par de la littérature d'origine pharisienne, et
cette dernière ne fait pas d'eux un portrait très élogieux, allant jusqu'à les
accuser d'impiété. Si on considère le comportement des Grands Prêtres de la
période grecque, il est possible que cette accusation ne soit pas sans
fondements.
Quoi qu'il en soit, Jean Hyrkan va adhérer
au parti sadducéen et concevoir une vive hostilité contre les Pharisiens, qui
lui reprochent entre autre de réunir en un seul homme la fonction de chef
politique et militaire et de Grand Prêtre. Par ailleurs, Hyrkan va se comporter
comme la plupart des souverains hellénisés de son temps, recourant notamment au
recrutement de troupes mercenaires étrangères pour mener ses opérations de
colonisation. Selon Josèphe, Hyrkan alla jusqu'à piller le tombeau de David pour
payer ses mercenaires. Cette anecdote montre le changement qui s'est opéré en
une seule génération depuis Judas Maccabée. Lorsque Jean Hyrkan meurt en 104, la
Judée est à l'apogée de sa puissance depuis le retour d'exil et possède de fait
l'indépendance d'un royaume autonome.
Après le règne d'Aristobule I,
surnommé le philhelène (l'ami de l'hellénisme, ce qui veut tout dire), nous
arrivons au règne d'Alexandre
Jannée (103-76) qui va officiellement prendre le titre de roi, rompant ainsi définitivement avec l'idée que la
royauté en Juda ne puisse appartenir qu'à la lignée de David. Cette usurpation
du pouvoir royal va exacerber l'hostilité des Pharisiens qui vont provoquer un
esclandre lors d'une cérémonie au Temple que préside Alexandre Jannée en tant
que Grand Prêtre. Le roi répondra par la manière forte et des soulèvements se
produiront un peu partout dans le pays, stimulés par les Pharisiens qui sont
très aimés dans le peuple. La répression sera terrible, Josèphe parle d'environ
50000 juifs massacrés par les troupes mercenaires d'Alexandre.
Les Pharisiens vont alors appeler à leur secours le Séleucide régnant
alors, Démétrios III. En 88, celui-ci arrive avec des troupes et il écrase les
forces d'Alexandre Jannée, forçant ce dernier à fuir dans les montagnes. Mais
alors le parti Pharisien craignit que Démétrios ne reproduise le comportement
d'Antiochos Epiphane, et ils le trahirent après que celui-ci eut battu Alexandre
Jannée. Démétrios dut repartir face à un pays dont tous les éléments lui étaient
désormais hostiles. Sitôt le Séleucide hors de vue, Alexandre Jannée sortit de
sa tanière et fit payer cher aux Pharisiens et à leurs alliés leur tentative de
rébellion. A titre d'exemple, il en fit crucifier 800 à Jérusalem et fit
massacrer leurs familles devant eux.
Alexandre sombra
dans l'alcoolisme et mourut de ce qui pourrait bien être une cirrhose. Dans son
testament, il confia la royauté à sa femme, Salomé Alexandra, avec un surprenant revirement. En effet,
il lui recommandait de faire la paix avec les Pharisiens et d'associer ces
derniers à la vie politique du pays. Salomé Alexandra (76-67) respecta ce désir
et son règne fut une période de prospérité pour les Pharisiens qui en pratique
assurèrent le gouvernement du pays. C'est alors que les Sadducéens perdirent la
majorité au conseil du Sanhédrin.
A Alexandra succédera son fils cadet Aristobule II qui avait réussi à évincer son frère aîné Hyrkan. Mais Hyrkan a un ami puissant, l'Iduméen Antipater, allié du roi nabatéen Arétas. Ces deux rois vont lever des troupes et marcher contre Aristobule pour placer Hyrkan sur le trône. Lors du siège de Jérusalem en 65 par les troupes nabatéennes, le sanhédrin se divisa, les Pharisiens prenant le parti d'Hyrkan, et les Sadducéens celui d'Aristobule. La situation semblait sans issue et le siège parti pour durer, quand un élément extérieur vint bouleverser la donne.
Intervention romaine
En effet, cette querelle interne servait magnifiquement les
affaires des Romains dont les armées de Pompée se
trouvent alors en Syrie. Pompée délègue un légat pour arbitrer la querelle entre
les deux frères. Ce légat se prononce alors en faveur d'Aristobule et ordonne
aux troupes nabatéennes de lever le siège, ce à quoi elles doivent bien obéir,
ne pouvant évidemment affronter les légions romaines.
Antipater revient à la charge et plaide en faveur d'Hyrkan auprès de
Pompée lui-même. En 63, celui-ci ordonne un arbitrage entre les deux frères.
Pressentant que l'issue de cet arbitrage risque de lui être défavorable,
Aristobule entre en conflit avec Pompée et après quelques vicissitudes s'enferme
dans Jérusalem aussitôt assiégée par Pompée. A l'automne 63,
la ville est prise par les troupes romaines. Il s'en suit un massacre,
dont il semble bien que la responsabilité incombe davantage aux Pharisiens amis
d'Hyrkan qu'aux troupes romaines.
En pratique, cette victoire de Pompée marque la fin de la période
grecque. La dynastie asmonéenne va encore régner quelques temps. D'abord
Hyrkan, qui est intronisé roi et Grand Prêtre à la place de son frère.
Lors du conflit qui opposa César à Pompée, Aristobule crut
pouvoir prendre sa revanche, mais il fut assassiné ainsi que son fils par les
partisans d'Hyrkan. Soutenant d'abord Pompée, l'Iduméen Antipater sentit
rapidement de quel coté soufflait le vent et il prit fait et cause pour César.
Dès lors, Antipater ne va cesser de montre en puissance, et comme les Iduméens
étaient assimilés à la nation juive, cette dernière en profita pour avoir un
statut privilégié auprès des Romains. Antipater en profite pour placer ses fils
gouverneurs, notamment le jeune Hérode qui se
retrouve à 15 ans gouverneur de Galilée. Après la mort de son père en 43, Hérode
va bénéficier à son tour du soutien des Romains. Il entrera en conflit avec le
dernier Asmonéen Antigone. En 37, Hérode entre victorieux à Jérusalem. On est à
l'aube de l'ère néotestamentaire.
adapté plus précisément de cette page http://introbible.free.fr/histgrecque.html