La lettre aux Ephésiens est à bien des points de vue
une énigme. On ignore même quel était son destinatire
d'origine, car la mention "aux Ephésiens" n'apparaît que dans les manuscrits les
plus tardifs. Il s'agit d'un cas unique dans l'ensemble des lettres du nouveau
testament. Il est possible qu'à l'origine cette lettre était une lettre circulaire adressée à diverses communautés.
L'attribution aux Ephésiens provient peut-être du fait que le collaborateur de
Paul mentionné en 6,21 est originaire d'Asie et même localisé à Éphèse (2Tm
4,12). La question de l'auteur de cette lettre se pose depuis la fin du XVIIIe
siècle. Le caractère « deutéro paulinien » de cette lettre est maintenant admis
par l'immense majorité des commentaires contemporains. Cette conclusion se base
à la fois sur des arguments littéraires (un vocabulaire spécifique, un style
différent des autres épîtres paulinienne, une grande dépendance littéraire
vis-à-vis de l'épître aux Colossiens) et sur des arguments théologiques.
L'auteur de cette lettre demeure inconnu. Il ne s'agit
probablement pas de l'auteur de la lettre aux Colossiens. Sa familiarité avec la
pensée juive fait penser à un chrétien venant du judaïsme hellénistique.
Il est très difficile d'identifier le contexte historique qui
a amené à la rédaction de cette lettre. Dans la mesure où Ignace d'Antioche,
vers 110, connaît l'existence de cette lettre, on peut proposer comme fourchette de datation 80-100. Les problèmes évoqués dans
cette lettre (antagonisme entre communautés juives et païennes, souci de l'unité
de l'Eglise, contraste entre le mode de vie des chrétiens et celui des païens)
correspondent bien aux soucis principaux les communautés chrétiennes de la fin
du premier siècle.
Plan
Introduction
(1,1-23)
Adresse et salutation (1,1-2)
Bénédiction (1,3-14)
Action de grâce (1,15-23)
L'unité de l'Eglise
Exposé dogmatique
Rappel du passé païen des destinataires (2,1-10)
L'unité de l'Eglise se fait dans le Christ pour pouvoir
accéder à Dieu (2,11-22)
Paul se présente lui-même comme serviteur de ce mystère
(3,1-13)
Paul intercède pour les destinataires (3,14-21)
Conséquences morales
L'unité de l'Eglise et les différents ministères
(4,1-16)
Comment vivre en chrétien au sein du monde païen
(4,17-5,20)
Consignes pour la vie quotidienne (rapports hommes/femmes,
parents/enfants, maîtres/esclaves) (5,21-6,9)
Conclusion (6,10-24)
Exhortation (6,10-20)
Envoi par Paul de son collaborateur Tychique
(6,21-22)
Saluation et bénédiction (6,23-24)
Les thèmes de la lettre
Le Christ est présenté comme maître de la Création. Il règne sur tous ses habitants,
visibles ou invisibles. Ressuscité, il siège à la droite de Dieu qui a tout mis
sous ses pieds (1,20-22). Cela n'empèche pas l'auteur de faire également
référence à la Croix (2,13.16), la mort de Jésus
étant pour lui un acte de réconciliation des hommes (juifs ou païens) avec
Dieu.
Le thème majeur de l'épître est l'unité de l'Eglise universelle. L'Eglise est décrite
comme
un temple saint (2,20-22)
"l'homme parfait" (2,14-16)
l'épouse du Christ (5,22-33)
la plénitude du Christ (1,23)
le corps du Christ (1,22-23; 4,15-16) dont le Christ est la
tête
Les
rapports d'Israël avec l'Eglise sont abordés de manière complexe. Il est
possible de comprendre que les païens sont intégrés au sein même d'Israël par le
Christ, l'Eglise étant alors comprise comme la nouvelle manifestation d'Israël.
Une autre lecture peut proposer de voir dans l'Eglise une nouvelle entité,
distincte aussi bien d'israël que des païens.
L'auteur aborde également la question eschatologique en estompant la tension entre le
"déjà-là" du temps présent et les "pas encore" de la fin des temps. Pour lui,
les chrétiens sont déjà ressuscités et siègent des ç présent avec le Christ dans
les cieux ! (2,5-6). L'avenir n'apportera rien de nouveau mais révèlera
pleinement ce qui est déjà acquis.
Enfin, une grande partie de l'épître est
consacrée aux questions éthiques. L'auteur insiste
notamment sur le statut très élevé du mariage
(5,22-23) et sur les exigences comportementales qui accompagnent ce
dernier.
Un texte représentatif
2,11 Rappelez-vous donc qu'autrefois, vous
les païens - qui étiez tels dans la chair, vous qui étiez appelés " prépuce "
par ceux qui s'appellent " circoncision ", . . . d'une opération pratiquée dans
la chair ! - 12 rappelez-vous qu'en ce temps-là vous étiez sans Christ, exclus
de la cité d'Israël, étrangers aux alliances de la Promesse, n'ayant ni
espérance ni Dieu en ce monde ! 13 Or voici qu'à présent, dans le Christ Jésus,
vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ.
14 Car c'est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n'en a fait qu'un,
détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, 15
cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux
en un seul Homme Nouveau, faire la paix, 16 et les réconcilier avec Dieu, tous
deux en un seul Corps, par la Croix : en sa personne il a tué la Haine. 17 Alors
il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux
qui étaient proches : 18 par lui nous avons en effet, tous deux en un seul
Esprit, libre accès auprès du Père. 19 Ainsi donc, vous n'êtes plus des
étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la
maison de Dieu. 20 Car la construction que vous êtes a pour fondation les
apôtres et prophètes, et pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même. 21 En lui
toute construction s'ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ; 22
en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une
demeure de Dieu, dans l'Esprit.