Le Cantique des cantiques se présente comme un recueil de pièces poétiques
célébrant l'amour. L'amour humain, tout d'abord. Nombre des ces pièces mettent
en scène le dialogue amoureux entre le bien-aimé et sa fiancée. Les chants
disent le désir de l'un pour l'autre, célèbrent la beauté des amants, mais
présentent également l'amour comme un tourment. L'absence de l'autre se fait
cruellement ressentir, et plusieurs pièces nous livrent l'angoisse de la jeune
femme partie à la recherche du bien-aimé introuvable. Au delà de l'amour humain, tant Juifs que Chrétiens y
ont vu une célébration de l'amour de Dieu pour son peuple. Sur ce thème se sont
greffées de multiples interprétations au fil des siècles, notamment au sein des
courants d'interprétation dits "mystiques", qui ont pu voir dans le Cantique
aussi bien l'union du Christ et de l'Eglise (Origène), du Christ et de Marie (St
Bernard), l'union de l'âme avec Dieu ou la Sagesse...
Plan
Il est difficile de
présenter un plan suivi pour le Cantique, qui est avant tout une collection
d'une trentaine de chants, certains se limitant à quelques versets. Il est
possible de diviser également le texte en tenant compte de celui qui parle: le
bien-aimé, la bien-aimée, ou des "récitants" formant une sorte de choeur.
Prologue
Titre (1,1)
La bien-aimée (1,2-4)
Premier chant
La bien-aimée (1,5-7) "Je suis noire et pourtant belle,
filles de Jérusalem"
Récitants (1,8) "Si tu l'ignore, ô la plus belle des
femmes"
Le bien-aimé (1,9-11) "A ma cavale, attelée au char de
Pharaon"
Duo (1,12-2,7) "Tandis que le roi est dans son
enclos"
Deuxième chant
La bien-aimée (2,8-17) "J'entends mon bien-aimé"
Troisième chant
La bien-aimée (3,1-4) "Sur ma couche, la nuit, j'ai
cherché"
Le bien-aimé (3,5) "Je vous en conjure, filles de
Jérusalem"
Quatrième chant
Récitants (3,6-11) "Qu'est-ce là qui monte du
désert"
Cinquième chant
Le bien-aimé (4,1-15) "Que tu es belle, ma
bien-aimée"
La bien-aimée et les récitants (4,16-5,1) "Lève-toi,
aquilon"
Sixième chant
La bien-aimée (5,2-8) "Je dors, mais mon coeur
veille"
Septième chant
Récitants (5,9) "Qu'a donc ton bien-aimé de plus que les
autres ?"
La bien-aimée (5,10-16) "Mon bien-aimé est frais et
vermeil"
Récitants -6,1) "Où est parti ton bien-aimé ?"
La bien-aimée (6,2-3) Mon bien-aimé est descendu à son
jardin"
Huitième chant
Le bien-aimé (6,4-10) "Tu es belle, mon amie, comme
Tirça"
Neuvième chant
La bien-aimée (6,11-12) "Au jardin des noyers je suis
descendue"
Récitants (7,1) "Reviens, reviens, Sulamite"
Le bien-aimé (7,1-10) "Ah, vous la regardez, la
Sulamite"
La bien-aimée (7,10-11) "Il va droit à mon
bien-aimé"
Dixième chant
La bien-aimée (7,12-8,4) "Viens, mon bien-aimé"
Epilogue
Récitants (8,5) "Qui est celle-ci qui monte du désert
?"
La bien-aimée (8,5-7) "Sous le pommier, je t'ai
réveillé"
Additions diverses (8,8-14)
Histoire de la rédaction
Le
titre du Cantique, probablement assez tardif, attribue cette collection de
chants au roi Salomon. Cette proposition d'attribution est, en l'état,
invraisemblable. La langue du Cantique est beaucoup plus tardive. Elle comporte
de nombreux aramaïsmes (des mots araméens entrés dans la langue hébraïque,
surtout à partir de l'exil à Babylone), des termes persans (témoins de la
période du retour d'Exil, sous la domination de l'empire perse) et même en 3,9
un mot qui pourrait être d'origine grecque. Ces éléments militent pour une
rédaction tardive, peut-être vers 350 avant Jésus-Christ. Ceci dit, certaines
pièces poétiques peuvent être plus anciennes, composée pour plusieurs d'entre
elles avant l'Exil, du temps où le royaume du Nord était encore en vie (avant
722). De nombreux commentaires ont relevé les points de contact entre le
Cantique et la poésie amoureuse égyptienne.
Un texte représentatif : la description de la bien-aimée
(4,1-15)
Ct 4,1 Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es
belle! Tes yeux sont des colombes, derrière ton
voile; tes cheveux comme un troupeau de
chèvres, ondulant sur les pentes du mont
Galaad. 2 Tes dents, un troupeau de brebis à
tondre qui remontent du bain. Chacune a sa
jumelle et nulle n'en est privée. 3 Tes lèvres,
un fil d'écarlate, et tes discours sont ravissants. Tes joues, des moitiés de grenades, derrière ton voile. 4 Ton cou, la tour de David, bâtie par assises. Mille rondaches y sont suspendues, tous les boucliers des
preux. 5 Tes deux seins, deux faons, jumeaux
d'une gazelle, qui paissent parmi les lis. 6
Avant que souffle la brise du jour et que s'enfuient les ombres, j'irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de
l'encens. 7 Tu es toute belle, ma bien-aimée, et
sans tache aucune! 8 Viens du Liban, ô fiancée,
viens du Liban, fais ton entrée. Abaisse tes
regards, des cimes de l'Amana, des cimes du
Sanir et de l'Hermon, repaire des lions,
montagne des léopards. 9 Tu me fais perdre le
sens, ma sœur, ô fiancée, tu me fais perdre le
sens par un seul de tes regards, par un anneau de ton collier! 10 Que ton amour a de charmes, ma sœur, ô
fiancée. Que ton amour est délicieux, plus que
le vin! Et l'arôme de tes parfums, plus que tous
les baumes! 11 Tes lèvres, ô fiancée, distillent
le miel vierge. Le miel et le lait sont sous ta
langue; et le parfum de tes vêtements est comme
le parfum du Liban. 12 Elle est un jardin bien
clos, ma sœur, ô fiancée; un jardin bien clos,
une source scellée. 13 Tes jets font un verger
de grenadiers, avec les fruits les plus exquis : 14 le nard et le safran, le roseau odorant et le cinnamome, avec tous
les arbres à encens; la myrrhe et l'aloès, avec
les plus fins arômes. 15 Source des jardins,
puits d'eaux vives, ruissellement du Liban!